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  • Critique : Gatsby le magnifique (Baz Luhrmann)
    trip hallucinatoire ressenti lorsque Christian s aventure au Moulin Rouge Cette opposition entre la folie du lieu et la manière dont il est filmé pourrait dénoter l évolution de Luhrmann en tant que cinéaste Il ne semble plus croire à ses propres effets et les relègue au placard pour révéler la futilité de ce qui est montré Car après tout ce spectacle de débauche n est qu une mise en scène de la part de l hôte La finalité recherchée se moque bien des pavanements qu elle provoque dans son sillage Un choix plutôt intelligent de la part de Luhrmann mais qui peut être considéré pour le moins involontaire par la suite Car son Gatsby Le Magnifique s apparente à une adaptation au forceps du roman de Fitzgerald L une des caractéristiques fascinantes de ce dernier vient de son ambiance d étrangeté de la quasi irréalité se dégageant du récit Le mystère de certains éléments la manière dont certaines révélations sont amenées et comment celles ci finissent par s agencer Autant d éléments donnant un aspect hypnotique à la lecture et que Luhrmann ne parviendra pas à reproduire cinématographiquement Tout ce qui est amené avec cette délicatesse incongrue chez Fitzgerald est ici bazardée avec une brutalité sidérante Il n y a qu à prendre la visite initiale de Nick chez sa cousine Daisy La curiosité de cette dernière à l évocation de Gatsby et l intervention du cinquième convive sont amenées par de grossières ruptures de ton Il en va de même de la révélation tardive du dit Gatsby En soit ces scènes font souvent preuve d idées dans leurs conceptions l utilisation de la bague pour identifier Gatsby mais le cinéaste délaisse une finition au burin pour préférer le bulldozer Une impression de frustration se ressentant également lorsqu il s agit d illustrer les aspects graphiques et métaphoriques du livre Dans le final les écrits de Fitzgerald arrivaient à faire ressentir viscéralement la sensation d une chaleur étouffante qui ne pouvait conduire qu à l explosion A l écran le visuel de cette partie ne provoque aucunement ce ressenti de part une photographie aussi propre et immaculée que dans le reste du long métrage On en dira autant des yeux du Dr Eckleburg panneau publicitaire symbolisant l imperturbable regard de Dieu dans le roman et devenant par la grâce de la mise en scène de Luhrmann un simple panneau publicitaire On serait donc prêt à parler d une adaptation à la Watchmen où les qualités du film naissent d un recopiage servile ne reproduisant qu une infime partie de celle de l œuvre originale Pour autant à l inverse d un Zack Snyder Luhrmann tend à démontrer à plusieurs occasions qu il réfléchit un peu à ce qu il fait Ça n est pas forcément pour le meilleur comme l utilisation du prologue justifiant une narration à posteriori Cela rajoute un supplément d articulation narrative et de décalage visuel passé éblouissant présent grisâtre à un récit qui en comprend

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/gatsby-le-magnifique/ (2015-10-11)
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  • Annecy 2013 : Get a horse !
    retrouvailles avec toute une galerie de personnages familiers Le charme opère au gré d un rythme impeccable et d images savamment restaurées Problème la 3D est d une insignifiance totale et on ne peut s empêcher d en questionner sans cesse l utilité Et soudain Pat Hibulaire au gré de ce que l on croit être un simple gag jouant avec le quatrième mur envoie Mickey au delà du premier plan dans notre direction donc Autrement dit sur l écran de cinéma lequel se matérialise dans le film se gondole sous le poids de la souris et finit par se déchirer Oui Mickey est sorti de l univers 2D n b dans lequel il était enfermé et débarque sur une estrade située sous l écran alors matérialisé Laquelle s illumine et laisse apparaître le personnage sous une apparence numérique à laquelle on ne s attendait absolument pas Vous l avez compris toute la présentation orchestrée en amont du film n était qu une mise en scène Get a horse est en réalité un tout nouveau court métrage et Lauren MacMullan plus que chargée de sa restauration en est tout simplement sa réalisatrice S enclenche alors une escalade d idées jouant de l interaction entre des personnages toujours présents dans l arrière plan en 2D noir blanc et ceux en 3D et couleur l ayant traversé Un effet à la fois trop rare sur un écran et qui continue de prouver tel Paperman à sa manière qu il reste un champ des possibles conséquent à défricher en ce qui concerne l exploitation commune de l animation traditionnelle et de la 3D Bien entendu Get a horse ne prend tout son sens qu en 3D laquelle se révèle diablement efficace au détour d effets de jaillissements et de reliefs saisissants et constitue

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  • Critique : Goal of the dead (Benjamin Rocher & Thierry Poiraud)
    maîtrisé d un cadre réaliste à un cadre apocalyptique Benjamin Rocher prend d abord le temps de poser une introduction minutieuse en présentant chacun des personnages avec soin et en distillant ses informations au compte gouttes jusqu à une scène clé qui sous prétexte de poser les bases de la catastrophe vis à vis des protagonistes et donc de faire le lien avec le début de la seconde partie entièrement axée sur la survie et la transcendance de chacun se limite en réalité à bâcler en dix secondes épileptiques la scène que l on attendait le plus à savoir le match de foot qui vire au carnage sanglant Du coup après une première partie quasi parfaite où Rocher prenait soin de poser son ambiance et son cadre Thierry Poiraud n a plus qu à ramasser les miettes d une apocalypse visuellement laissée de côté en suivant comment chacun teste sa survie au cœur d un chaos sans nom Cela dit il vaut mieux rester honnête ce déséquilibre dans la jonction des deux parties découle avant tout de la conception même du film et ne minimise que très peu le plaisir que l on prend à suivre l intégralité de ce double programme Si l on devait d ailleurs relier Goal of the dead à quelque chose ce ne serait curieusement pas à un film spécifique et surtout pas Shaun of the dead même si la seconde partie intègre des éléments similaires mais plutôt à une série télévisée anglaise nommée Dead Set qui installait là encore une invasion zombie au cœur d un cadre de télé poubelle façon Secret Story Ce qui intriguait dans ce programme télévisé en cinq épisodes provenait du fait que l apocalypse s enclenchait au bout de seulement dix minutes avant de laisser le reste de la série s attarder sur une pure étude de caractères face à un monde plongé dans l horreur et le chaos Rocher et Poiraud reprennent ici le même concept avec suffisamment de sous intrigues et de seconds couteaux pour conférer à l ensemble l allure d un gros film choral détraqué En outre le déferlement de jouissance visuelle auquel on pouvait s attendre pendant 2h20 a beau être présent il tend néanmoins à s effacer au profit d une vraie évolution dramaturgique où chaque personnage surgissant dans le cadre se voit élaboré à partir d un arc narratif qui abat les stéréotypes chacun n est pas celui qu il semble être et le relie instantanément aux autres dessinant ainsi une cohérence absolue dans la narration comme dans l action Et quand cette dernière surgit tout à coup pour s en donner à cœur joie dans les geysers d hémoglobine c est toujours au travers d un élément narratif relié aux personnages tous animés par un esprit purement collectif ben oui on parle de foot ici Relier les valeurs du football à la quête de survie en milieu hostile avait beau ressembler à une idée saugrenue elle s avère ici d une

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  • Critique : Godzilla (Gareth Edwards)
    le point de vue de personnages principal comme simple figurant Un choix favorisant l immersion mais évitant pourtant une hystérie facile à embrasser A contrario d une shakycam vantant son pouvoir documentaire Edwards incorpore une notion plus contemplative en n hésitant souvent pas à faire durer une scène Il laisse la fascination et la terreur s écouler dans les veines du spectateur le dispositif de mise en scène pouvant lui faire croire qu il est effectivement témoin des faits Pourtant Edwards ne brandit pas cette peinture d une atmosphère apocalyptique comme une ambition masquant son mépris ou méconnaissance du genre Se revendiquant fan des films de la Toho il ne rechigne aucunement à satisfaire le cahier des charges en matière d action Porté par des effets spéciaux époustouflants son spectacle respecte profondément les codes du genre et n appose son identité que par l orientation de sa mise en scène Il en va ainsi du design de Godzilla qu Edwards voulait le plus proche possible du costume original mais avec un rendu graphique d un niveau photo réaliste En ce sens le film évite le piège du clin d œil en se référant plus à des mécanismes et principes fondamentaux qu à de pures références artificielles La musique d Alexandre Desplat rejoint cette idée avec un thème principal très proche de l esprit du thème original mais sans en être un quelconque décalque Dans ses choix Edwards fait preuve d un amour du genre mais un amour qui n a rien d aveugle et comprenant les nécessités de faire fonctionner le film par delà le jeu des clins d œil En ce sens le film évite assez miraculeusement les fautes de goût même si il en laissera échapper une monumentale lors d une scène clef Il s agira rien moins que de la première apparition de son personnage titre Montré dans toute sa magnificence alors qu il lâche son fameux cri le montage propose une transition sur un enfant découvrant devant sa télévision le tant attendu combat Un gag impromptu et d autant plus incompréhensible qu il s agira de l unique écart du long métrage en la matière Le film dévoilera cela dit plus de soucis que cette simple anicroche En fait bien qu Edwards soigne son film et traite le genre avec compréhension il rejoint quelque peu la problématique du tout venant Il se situera certes un cran au dessus par la qualité certaine de l hommage mais au final il lui manque quelque peu de densité Peut être intimidé de devoir s emparer d une telle figure mythique dès sa seconde réalisation Edwards fait probablement trop profil bas et se contente de fignoler un bon film de monstre Du coup sa version ne semble pas offrir autre chose qu un plaisir avéré mais ne prenant pas pour autant un essor exceptionnel En ce sens si Godzilla réitère les qualités de Monsters il en reproduit également les défauts Si la construction de l ambiance fait passer son spectateur

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  • Analyse : Goldfinger (Guy Hamilton)
    antithèse Physiquement bien sûr ils sont aux antipodes l un de l autre Bond a la trentaine et une forme athlétique Goldfinger la cinquantaine et une tendance à faire du gras Mais surtout la mise en scène ne lui octroie aucune mise en valeur A le comparer avec ses deux prédécesseurs Goldfinger ne semble guère ménagé Dans le film éponyme Dr No n apparaît que tardivement Sa présence menaçante a eu tout le temps de se construire avec des sbires préférant mourir que lui avouer leurs échecs une voix donnant des ordres à des subalternes apeurés et une ombre épiant Bond dans son sommeil Dans Bons Baisers De Russie le N 1 du SPECTRE est un être tellement puissant et insaisissable qu il restera hors champ il faudra attendre le dernier acte du cinquième film On Ne Vit Que Deux Fois pour découvrir son visage Goldfinger n a aucunement droit à un tel traitement Il apparaît pour la première fois en plein jour dans toute sa banalité Pour renforcer l aspect paradisiaque de l hôtel Fontainebleau où se passe l action le réalisateur Guy Hamilton avait choisit exclusivement des mannequins pour la figuration Cela renforce encore plus la dépréciation physique de Goldfinger Mais au delà de l apparence il peut surtout être considéré comme un être médiocre Dans sa première apparition Bond le débusque en train de tricher à une partie de carte Sa complice dans le stratagème explique à Bond que Goldfinger triche parce qu il aime gagner Ce qu il gagne en trichant n a pas d importance c est le sentiment d être supérieur qui l enchante Face à un être si puéril Bond n a aucun scrupule à l humilier en l obligeant à perdre Une opposition de principe correspondant à deux formes d intelligence Bond est malin Lorsqu il bluffe pour échapper à l insoutenable calvaire du laser ou qu il prend son adversaire à son propre piège lors d une partie de golf le mensonge prend une forme raffinée et appréciable par sa mécanique Le mensonge chez Goldfinger se base sur la duperie et le rabaissement de l autre Si Bond est le fantasme de l homme parfait Goldfinger est le réservoir à des sentiments humains détestables Il est intelligent mais fourbe il a du charisme mais n est pas attirant il est riche mais insatiable Par ailleurs son opération grand slam qu il définit comme le chef d œuvre du crime n est rien de plus qu un braquage L échelle est plus ambitieuse mais le plan reste très banal Il semble pourtant satisfaire Goldfinger Celui ci prendra même un immense plaisir à l expliquer à un parterre de gangsters qu il a d ores et déjà décidé de liquider En conséquence le film construit un rapport de force simple Bond est valorisé et Goldfinger est rabaissé La mort expéditive de Goldfinger dans les cinq dernières minutes est assez symptomatique d un personnage tellement méprisable qu il ne mérite aucune forme de glorification

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  • Critique : Gomorra
    comme un danger que l on craindrait sans être capable de le définir Et tout au long de son film qu il se focalise sur tel ou tel personnage Garrone fait de sa caméra aussi bien un témoin passif vierge de tout jugement et concentré sur la captation des faits qu un outil servant à briser la frontière de l invisible ce que sa mise en scène toujours vivante illustre à merveille en se délimitant le plus souvent sur un vaste jeu d oppositions entre ce qui se voit et ce qui se cache Par exemple dans une scène la caméra filme Roberto en train de dériver tranquillement sur ce qui semble être une banale gondole vénitienne puis se baisse pour révéler l intérieur plus large et plus souterrain de cette gondole où son patron entretient un dialogue à la limite de la manipulation Et un peu plus loin alors qu une poignée de camorristes semblent manigancer quelque chose sur un étage de la cité la caméra se détourne en bas à droite de l écran pour épier un mariage heureux où tout le monde fait la fête Toujours cette idée d une société basée sur le simulacre et la dissimulation où gratter le vernis des apparences révèle une belle odeur de soufre La scène d ouverture du film sans aucun rapport avec les cinq autres intrigues contenait déjà en soi une symbolique propre à la mise en scène de Garrone et aux exactions sournoises de la Camorra cinq hommes se détendent dans un salon de bronzage discutent gentiment se lancent quelques vannes amicales et voilà que sans crier gare deux d entre eux sortent les flingues et éliminent les trois autres avant de s enfuir sans se presser ne laissant derrière eux qu une poignée de cadavres sanglants Cette proximité avec une criminalité à double visage produit ici un dérangeant effet de réalité très éloigné des partis pris lyriques et classiques des classiques du cinéma mafieux on est sacrément loin du Parrain que le cinéaste utilise ici comme outil à double tranchant pour mieux révéler la violence et la perversité du milieu camorriste ce dernier pouvant être facilement source de fantasmes à l instar de ce que les jeunes Marco et Piselli s imaginent à tort Mais au bout du compte le style visuel et narratif de Garrone fait surtout preuve d un refus de toute dramatisation des faits un peu comme si la mise en retrait s imposait d elle même en raison du vide total de règles et de codes qui régissent ce monde malade et la sècheresse graphique et filmique qui se dégage de chaque scène choque bien au delà de la violence Comprenons par là que si Gomorra marque durablement la rétine c est autant par sa crudité et son réalisme que par sa volonté de livrer une radioscopie du milieu criminel où les choix de mise en scène en arrivent à bloquer tout jugement voire toute réaction Le spectateur est alors dans une situation

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  • Critique : Gone Girl (David Fincher)
    qui déconstruit sans cesse chaque vérité au travers d un redoutable système de twists il ne vise en réalité rien d autre que de confronter son récit tordu au contemporain le plus inavouable Reprenant ainsi le processus de propagation décrit dans The social network dont Gone Girl s impose clairement comme un film jumeau Fincher déroule alors le mécanisme qui libère un fait divers de son cercle d origine pour finalement l étendre vers un horizon infini des médias à l ensemble du pays un peu à la manière des cercles concentriques créés sur la surface de l eau lorsqu un caillou la traverse Le découpage du film se calque d ailleurs pleinement sur ce système qu il s agisse d un générique de début au débit de plans hyper cut avec des crédits plus que furtifs qui se dissolvent dans l image ou d une mise en scène proprement géniale sobre et glaciale à l extrême qui vide les vieux tiroirs fincheriens pas d effets de style affirmés pas de décors suintant la décrépitude pas de chemin de croix enragé pour ne conserver qu une ligne esthétique à la fois claire et troublée guidée par une association cristalline de plans larges et de mouvements de caméra d une élégance rarissime Et au delà des qualités de fabrication qui lui font ici un écho direct on pense souvent à Zodiac pour cet art de l ampleur et de l étirement du temps destiné à rendre toujours plus scotchant mais sans en donner l impression chaque ouverture de tiroir de ce gigantesque trompe l œil narratif où les apparences jouent aux chaises musicales L art de la sobriété bouillante en somme un examen dans lequel Fincher réussit une fois de plus un sans faute indiscutable Reste ce qui va bien au delà de l intrigue policière à savoir ce que l on évoquait déjà plus haut une Amérique en pleine schizophrénie où la réalité n a plus aucun impact face à son devenir mythologique où l opinion publique fait éclater la sphère privée comme une vulgaire baudruche où les médias se posent en juges omniscients qui remodèlent la réalité selon leurs propres souhaits du moment où la vie privée de tout individu devient chair fraîche pour vautours en mal de décorticage voyeuriste où les territoires les plus idylliques une banlieue résidentielle filmée comme un dépliant de régie immobilière servent de vitrine protectrice aux ruines d une crise économique encore vivace voir ce décor fascinant de centre commercial à l abandon où se terrent une horde de clochards C est un monde où toute logique se dédouble en son exact contraire où toute vérité se contredit dans la minute qui suit où tout individu révèle sa duplicité à la manière d une violente détonation Là encore Fincher frappe extrêmement fort sur l exploitation de la figure du doppelgänger en effet si Nick installe le doute sur son véritable rôle époux brisé ou criminel potentiel c est surtout Amy qui prend l avantage

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  • Festival de Cannes 2013 : Grand Central
    de fiction offre à lui seul une belle armature au récit Entre les ingénieurs bien lotis qu on ne voit jamais et les manœuvres irradiés entre la verticalité des tours et l étendue des bungalows du camping où s entassent les ouvriers l organisation sociale qui sous tend celle du travail est posée sans avoir besoin d être commentée elle l est néanmoins tant pis et a quelque chose de tranchant d insupportable qui suffit à donner au film un petit fond politique Le politique tient surtout à ce choix que très peu de cinéastes français avaient fait ces dernières décennies faire de ces travailleurs d authentiques héros courageux et porteurs d une éthique aventuriers en danger et amoureux déçus Zlotowski ne cache pas s être souvenue des films de Renoir Carné ou Becker et donne au personnage de Rahim le nom qu avait Serge Reggiani dans Casque d Or 1952 à celui de Denis Ménochet celui de Toni 1932 Par des dialogues qui ne reculent pas devant le lyrisme quitte à détonner parfois trop nettement la cinéaste rend ses protagonistes plus éloquents qu on ne les imaginerait et renforce ainsi la portée symbolique de son récit signalant que que le réalisme est partout doublé d une autre couche plus profonde presque proche du conte Ce goût du symbolisme fonde clairement le choix du cadre spatial En une analogie que d aucuns trouveront trop appuyée ou lourdingue Zlotowski rapproche le sentiment amoureux de la centrale il est plus facile d y entrer que d en sortir ou de la dose incolore et inodore à la contamination lente mais certaine Plus que lorsqu il est signalé un peu lourdement jusque par la chanson de Salvador Maladie d Amour ce parallèle fascine réellement lorsque le montage alterne les courtes scènes de travail et celles d escapades sacrilèges des amants à une vitesse qui nous donne l impression d être pris au côté de Gary dans un flux implacable qui nous dépasse L angoisse liée aux dangers du travail et celle qui découle d un amour périlleux ne font alors plus qu une et le film atteint une belle tension décuplée par le magnétisme de Tahar Rahim Et autant que la mise en scène discrète mais assurée c est alors la musique qui entretient cette proximité aux peurs du héros comme si l on retenait longuement son souffle avec lui ROB le clavieriste de Phoenix fournit un arrière plan sonore saisissant où se mêlent des percussions tendues des rythmes électroniques qui parviennent à faire exister la centrale comme un vrai personnage et une flûte aérienne qui accompagne la naissance du sentiment amoureux On regrette que les trop nombreux personnages secondaires ne puissent pas tous exister autant qu il l aurait fallu pour densifier encore un peu l histoire ou ne serait ce que justifier l esquisse des blessures intimes et des ambiguïtés de chacun On sent trop clairement que les rôles d Olivier Gourmet Denis Ménochet et Johan Libéreau ont pâti de choix

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