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  • Critique : Suzanne (Katell Quillévéré)
    impression de s appesantir dans des canons éculés du cinéma d auteur ou de livrer un regard trop surplombant voire moralisateur sur les actes parfois répréhensibles de ses personnages Dans le vieux sillon récit sentimental à la française la cinéaste trouve ainsi sa voie dans la douceur la fuite elliptique et le choc Le choix de l actrice à même d incarner le personnage titre était d autant plus primordial que ce serait à elle d imprimer sa dynamique à une œuvre dont elle est censée être le centre névralgique Sara Forestier fait preuve d une incroyable richesse de jeu La fraîcheur qu on lui connaît lui permet d incarner la passion amoureuse sans son versant destructeur attendu toujours comme quelque chose qui porte le personnage provoque ses avancées plus ou moins furieuses dans la vie accompagnées par le rock tranquille ou effréné d Electrelane L actrice joue une carte qu on ne lui connaissait pas encore celle de l intériorisation quasi constante Ses regards préoccupés ou mélancoliques suffisent à suggérer des sentiments qui débordent le cadre trop plan plan de son quotidien et celui du film La voilà d ailleurs qui se lance dans une virée amoureuse et criminelle et sort un temps du champ Tout du long Suzanne semble se jeter dans l ivresse de l instant pour en revenir avec la gueule de bois Les moments où elle digère en silence la brutalité de ses choix passés sont peut être les plus bouleversants du film ce regard dans le vide tandis qu elle sort en boîte avec sa soeur encore adolescente mais déjà femme qui se sent intérieurement trop vieille pour pouvoir s oublier tout à fait La construction narrative en une succession d ellipses béantes épouse ce progressif décrochement de l héroïne d avec le monde L aspect le plus douloureux en est la déchirure de la cellule familiale présentée comme unie en début de métrage Le père remarquable François Damiens élève seul ses deux filles Suzanne et Maria complice quand son métier de routier lui permet d être présent La grande affection des personnages les uns pour les autres remarquablement transmise par les jeux de Damiens Forestier et Adèle Haenel justifie que le film ait parfois une dimension quasi chorale et suive chacun de ces deux êtres chers à Suzanne Car les sursauts de son existence à elle ont des dommages affectifs collatéraux sur son entourage privations du père angoisse et sacrifices de la soeur Les séquences centrées sur ces deux autres membres du noyau familial font toujours sens dans la mesure où le personnage titre y est travaillé par le négatif par son absence et ses traces Ces mystères des ellipses ces questionnements des personnages secondaires à son sujet ne rendent que plus romanesque encore la figure de Suzanne Puisque Quillévéré nous laisse nous questionner on se surprend à l imaginer bigger than life à charger chacun de ses regards filmés en plan rapproché de mille expériences qu on lui prête Surtout les parti

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/suzanne/ (2015-10-11)
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  • Courte-Focale.fr : Critique de Switch
    en perspective du Mal sous une forme humaine et au final le contrebalancement total des enjeux narratifs par une succession de twists Autant faire preuve de prévention un film comme Switch nécessite d être vu en sachant le moins de choses possibles quant à son synopsis rédiger une critique du film impose donc de rentrer dans le vif du sujet et il sera donc conseillé aux futurs spectateurs d arrêter immédiatement la lecture de cet article histoire de ne pas être enseveli sous une avalanche de spoilers Vous êtes toujours là Commençons donc par préciser que Switch fait de son postulat de départ une étudiante traquée par la police s enfuit afin de retrouver son identité volée une succession de péripéties dynamiques où la thématique de l échange se traduit visuellement dans la plupart des scènes Même s il n est pas question d effectuer un comparatif entre les deux cinéastes la patte d Alfred Hitchcock se ressent assez souvent ne serait ce que pour cette idée de construire une tension en s attardant sur de petits détails de donner à chaque rebondissement la force d un choc sensitif inattendu d utiliser l action comme outil pour renforcer la dramaturgie d une scène et non pour compenser une éventuelle perte de nervosité et surtout de faire passer la dramaturgie par l image plus que par le dialogue En témoigne une introduction magistrale de vingt minutes où passé un très court intermède dialogué entre deux femmes Schoendoerffer démarre son intrigue en évaporant le dialogue et en se focalisant sur chaque élément échange d appartement démarches administratives découverte de la vie parisienne etc en les mettant chacun au premier plan tout cela pour mieux les faire voler en éclat un par un dès qu intervient le point de chute de l intrigue ayant décidé de passer les vacances en France en échangeant sa maison à Montréal contre un luxueux loft parisien appartenant à une Française et tout ceci à l aide d un site spécialisé une étudiante canadienne se réveille un matin avec un sérieux mal de crâne un cadavre dans la chambre voisine et une visite musclée de la brigade criminelle qui l accuse d être une psychopathe Avec pour couronner le tout l impossibilité de prouver sa véritable identité les deux femmes semblent avoir changé aussi bien de peau que de destin et le site d échange d appartements semble n avoir jamais existé Une situation idéale pour Schoendoerffer de jouer sur des perceptions élémentaires tournant autour des identités changeantes ou morcelées avec une mise en scène qui use aussi bien des reflets que des oppositions diverses Avec en tête de cette dichotomie visuelle l excellente idée d avoir joué de la ressemblance physique parfois frappante entre Karine Vanasse éclatante révélation du film et Karina Testa vue dans Frontière s pour incarner les deux femmes l humanité lumineuse de l une étant sans cesse en conflit avec l opacité sombre de l autre voire en brouillage complet tant la vérité

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  • En bref : Syngué Sabour - Pierre de patience (Atiq Rahimi)
    film d Atiq Rahimi dont on suppose qu elles nous imprimeront durablement la rétine de même que celle des corps sensuels de l héroïne et de son amant un soldat qu elle initie aux plaisirs de la chair Mariée jeune à un héros de guerre beaucoup plus vieux qu elle elle prie au chevet de ce dernier pour le sortir du coma dans lequel une blessure l a plongé Tandis qu au dehors une guerre fratricide continue de faire rage la jeune femme se met à confier à son homme inerte ses désirs inavoués ses secrets de longue date et les souffrances que lui et d autres lui ont infligées Inévitablement les mots qu ils soient dits ou simplement pensés jouent un rôle décisif que la transposition du roman original Prix Goncourt 2008 au cinéma ne saurait éradiquer A quelques longueurs et répétitions près Rahimi sait éviter la redondance du texte avec ce qu exprime l image et esquisse une réelle progression du rapport de l héroïne à son propre statut de femme pourvue d un corps et pétrie de désirs Comme emportée par le flot de ses propres paroles qu elle débite parfois sans trop de conscience la jeune femme se fait peu à peu sa propre justicière empruntant tous les chemins qui ont pu lui être barrés par le passé Le soliloque s en trouve quelques fois pompier dans ses déclarations mais on retrouve le talent du coscénariste Jean Claude Carrière notamment auteur de Belle de Jour de Buñuel auquel il nous arrive de penser pour exprimer les pulsions par des mots et celui de Thierry Arbogast chef opérateur de Ma Saison préférée de Téchiné 1993 ou encore de Ridicule de Leconte 1996 pour travailler en douceur les éclairages afin d en tirer une réelle dialectique visuelle de

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  • Berlinale 2012 : Tabou (Miguel Gomes)
    de manière polymorphe Aurora y est une fille de colon belle et intrépide qui manie le fusil mieux que bien des hommes et attire tous les regards Autour d elle gravitent un groupe de musiciens assez ridicules un mari superficiel au sourire crispé et le narrateur Ventura beau jeune homme taiseux Tout est décalé presque surréaliste dans ce second chapitre aux dialogues non sonorisés où l on n entend que les bruits de la nature et cette voix off calme et grave qui est en fait celle de Miguel Gomes lui même Le cinéaste se trouve ici une utilisation du muet qui lui est propre partielle et couplée au super 8 donc entre passé et présent collant absolument à la construction du scénario et en accentuant la nostalgie et l étrangeté Mieux dans une séquence où Aurora filme son amant avec sa petite caméra le film nous montre soudain ces images captées par elle cette fois ci complètement muettes et légèrement striées C est là l un de ces moments en suspens dont regorge le film qui le font parfois glisser doucement vers le rêve éveillé Certains sont purement esthétiques ces nuages dont des traits dessinent les contours en forme d animaux d autres drôles le père d Aurora qui joue seul à la roulette russe dès qu il est un peu éméché ou absurdes le crocodile qu Aurora garde dans un bassin dans son jardin va se cacher sous une commode de son voisin tous sont en tout cas fascinants Le film ne propose pas pour autant une simple succession de vignettes joliment décalées loin de là La deuxième partie a pour fil conducteur une passion adultère à laquelle Gomes sait octroyer une ampleur en quelques magnifiques scènes d intimité Plus important encore l oeuvre dans son ensemble évoque le passage du temps avec ces utilisations de différents formats cinématographiques mais surtout avec le jeu d échos entre les deux chapitres La construction narrative en question est si complexe et poétique que Gomes peut ici rivaliser sans problème avec le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul intronisé spécialiste de cette structuration d une œuvre en deux parties et accessoirement attaché lui aussi à des paysages sauvages Les deux chapitres Paradis perdu puis Paradis ne paraissent pouvoir se caractériser que par leur rapport mystérieux et fascinant Le premier est clairement hanté par la perversion la folie Gomes évoque une folie politique sociale et sentimentale la culpabilité et le manque les personnages gravitent autour de cette Pilar absente du second chapitre dont ils nécessitent le soutien pour continuer à vivre le second se déroule dans un décor naturel foisonnant qui tranche avec la tristesse des immeubles du Lisbonne contemporain et met en scène des personnages jeunes fougueux passionnés Dans l ellipse béante qui les sépare s engouffre une tristesse terrible la longue déchéance d Aurora l éloignement d avec son amant Ventura les adieux à la splendeur de la nature Mais bien plus qu une simple opposition la relation qui unit les deux chapitres

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  • Critique : La taupe (Tomas Alfredson)
    en révéler Le film n a commencé que depuis quinze minutes mais il en est déjà à son sommet Une intro prodigieuse où Alfredson bâtit la moindre scène de suspense avec la rigueur métronome d un Hitchcock s attardant sur des silences lourds des regards fixes et surchargés d ambiguïté des gestes millimétrés ou des éléments diffus un air de musique une main qui tremble une goutte de sueur qui perle etc où l action consiste en un étirement progressif de la tension ne menant qu à un choc attendu et où les personnages sont tous croqués avec subtilité et mystère au sein d un cadre froid et désincarné Le décor du Cirque vaste bâtiment égaré en plein milieu de Londres suffit à planter une atmosphère dès le générique pour en accroître la portée jusqu à la fin du récit environnement à la rigueur bureaucratique murs grisâtres imperméables délavés costumes taillés sur mesure salles insonorisées révélant l isolation psychologique de ses hommes de l ombre odeur de café noir et de tabac froid bande son jazzy à base de piano et de trompette etc Tout y est y compris les codes classiques du genre tel les regards silencieux traduisant aussi bien le respect que la suspicion ou les sonneries stridentes du téléphone au beau milieu de la nuit Tomas Alfredson n évacue aucun détail exploité par l ensemble de ses prédécesseurs mais va s attacher à les isoler progressivement dans le cadre pour se focaliser sur la psychologie de ces maîtres de la dualité dont George Smiley espion solitaire qui a basé toute sa carrière sur le décryptage permanent du double jeu s impose rapidement comme le pivot Pour la petite histoire La Taupe n est autre que le premier volet d une trilogie de romans ayant en commun le personnage de Karla agent invisible et insaisissable dévoue à la cause des soviétiques concepteur d un vaste réseau de taupes et adversaire principal de George Smiley Cet affrontement diffus entre Smiley et Karla dont le visage ne sera jamais révélé durant le film doublé d une relation ancestrale qui tend à faire passer le premier pour un nouveau suspect dans l enquête se révèle être l un des points les plus fascinants du récit en raison de la vie privée de Smiley notamment le versant romantique qui unit celui ci à sa femme et que Karla n hésite pas à exploiter comme épicentre de la vulnérabilité de son adversaire On évoquait précédemment l attachement d Alfredson à se focaliser sur la psychologie des espions mais en réalité il faudrait plutôt parler de fêlures ces hommes de l ombre n étant jamais aussi vulnérables que lorsque leurs sentiments viennent empiéter sur leur travail L originalité du film est justement de ne filmer pratiquement que des pincées ou des montées d émotion dans un monde où celle ci est sans cesse appelée à être bannie et ce paradoxe suprême déjà exploité dans le récent et excellent Espion s de Nicolas Saada donne

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  • Critique : Tempête de boulettes géantes 2 (Cody Cameron & Kris Pearn)
    le moins que l on puisse dire face à une œuvre bâclée à bien des niveaux mais suffisamment généreuse dans son délire pour s en accommoder voire en faire quelque chose de cohérent selon l humeur dans laquelle elle est découverte À l image de la formation de la bande constituée des personnages clés du précédent exécutée en trente secondes chrono pour la seule raison qu on va avoir besoin d aide Tempête de boulettes géantes 2 joue ouvertement la carte du fan service bête et méchant mais par définition susceptible de ravir le plus grand nombre Jusqu à la caricature incarnée par une confiance excessive envers des running gags dont on pensait avoir suffisamment fait le tour il y a quatre ans Autant dire que vous avez plutôt intérêt à adorer les oh oh de Baby Brent et les fldsmdfr et ses dérivés à tout va vous allez en manger En découlent des personnages vidés de leur substance en comparaison au premier opus limités aux seuls motifs comiques qui ont contribué à leur popularité le flic sautille dans tous les sens le doc caméraman parle à peine le singe fait le singe et qui n évolueront pour ainsi dire jamais quand ils ne peinent tout simplement pas à exister faute de conflits et d enjeux les concernant Il ne se passe par exemple pas plus de deux minutes entre le moment où le méchant du film fait naître dans l esprit de Flint l idée que Brent pourrait être un traître chose déjà hautement improbable à la base et celui où il finit par comprendre que franchement non c est impossible parce que bon quand même oh Mieux vaut ne pas y penser répondra Flint quand on lui demandera par quel miracle l environnement dans lequel l action prend place a pu être créé Honnête note d intention d un film dont la démarche pourrait paraître cynique si celui ci s essayait à péter plus haut que son cul Heureusement il n en est rien et il s agirait même de l inverse en réalité Tempête de boulettes géantes 2 cultive ainsi l art de faire passer ses défauts les plus évidents pour une démarche volontaire où plus aucun de ses composants n aurait de sens au delà du seul effet comique qu il peut engendrer Le caractère purement fonctionnel de l île dans laquelle se déroule une large partie du film répond d ailleurs totalement à cette orientation Celle ci n offre ainsi guère de menaces ou d enjeux permettant de varier le rythme de l aventure Le bestiaire qui la peuple ne semble là que dans le but d aligner les vannes liées à leur seule nature de créature hybride ou pas ce n est qu une tomate tenant autant de la nourriture que de l animal tantôt monstrueuses tantôt kawaiiiiii Au lieu d inspirations visuelles pas vraiment digérées la direction artistique évoque Avatar par instants des plans ou idées sortent tout droit de Bob l éponge

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  • Critique : Le territoire des loups (Joe Carnahan)
    de l homme On avance là sur la fameuse frontière entre le civilisé et le sauvage le premier ayant généralement par rapport au second une apparence plus présentable et acceptable L histoire du Territoires Des Loups pourrait s approcher de cette thématique Malgré certains passages avançant consciencieusement le thème la scène de repas suivi d une provocation gore il ne le porte pas comme message définitif Expliquer à quel point l homme n est qu un animal reviendrait à le réintégrer au sein du milieu naturel dont il s est extirpé Or comme on le verra dans un passage où les personnages tentent difficilement de revenir sur leurs pas tout retour en arrière est impossible Le Territoire Des Loups est un aller simple Sans se revendiquer comme une œuvre fantastique le film dénote par sa manière à jouer sur la frontière entre la vie et la mort le basique titre français perd le caractère métaphorique du The Grey original En raison de son environnement inhabité et immaculé le grand nord s apparente pratiquement à un purgatoire Un aspect traversant même l esprit d un membre du groupe bien que là encore le film se refuse à y souscrire pleinement Il n empêche que ce sentiment sera allègrement nourri par la représentation quasi elliptique et fantomatique de la menace des loups voir leur formidable première apparition dans la nuit noire En soit les personnages ont déjà expérimenté cette frontière de la vie et de la mort Looser criminel et autres repris de justice ils ont choisit de s isoler d un monde auquel ils s identifient pas Le seul lien qu ils entretiennent avec celui ci viendrait de leurs familles et notamment de leurs enfants Carnahan avouera dans le commentaire audio de Narc avoir une véritable fascination pour ce symbole d innocence Ça sera d ailleurs leur seule motivation pour tenter de survivre l idée se retrouve en opposition dans la caractérisation des loups Il apparaît alors ironique qu ils acceptent de suivre quelqu un Liam Neeson taillé pour le rôle qui a depuis longtemps perdu cette motivation En soit ce héros a déjà fait un travail en amont Dès l introduction il se révèle à la lisière des mondes Alors que les deux premiers plans du film enchaînent un paysage où retentit l appel de la forêt avec une vision infernale de l exploitation pétrolière cette juxtaposition indique sa situation Celui ce tente déjà de se fondre dans une nature mortifère il guette et abat les loups s attaquant aux équipes et se montre détaché par rapport aux autres ils ne jettent même pas un œil à la bagarre se déclenchant dans le bar Par là il devient le guide inné ou destiné si on en croit l interruption de sa tentative de suicide pour accompagner les autres protagonistes vers l au delà que ce soit physiquement la révélation finale sur une inéluctable destination ou moralement l acceptation de la mort Inutile de dire que Le Territoire Des Loups peut

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  • Analyse : Tesis (Alejandro Amenabar)
    et malaise Pour autant comme on l évoquait plus haut Amenabar ne se contente pas juste d un tour de train fantôme parfaitement exécuté de A à Z Son approche théorique sur la violence et plus spécifiquement le snuff prend racine dans l un de ses premiers courts métrages intitulé Himenoptero dans lequel il se filmait en train d écraser une fourmi en gros plan Son postulat était le suivant le fait de tuer un insecte peut passer pour un acte désintéressé surtout dans la mesure où l on ne s en aperçoit pas mais dès que l insecte manifeste un bruit précis pour signaler son agonie c est toute notre perception de l acte qui se retrouve inversée Rien d étonnant à ce que Tesis soit à des kilomètres d un thriller hypocrite sur les images violentes qui finirait par tirer parti de ce qu il dénonce en effet le film ne contient aucune image gore et le sang y coule à doses homéopathiques Dans son ensemble la grande subtilité du film réside autant dans l identification absolue avec l héroïne la mise en scène prend soin d épouser chaque variation de son point de vue que dans un découpage d une maîtrise dingue plaçant le spectateur au cœur des enjeux par un équilibre magistral entre ce que l on perçoit surtout par le son et ce que l on croit avoir vu et pas forcément par l image C est là que le thème du snuff loin de donner du grain à moudre à on ne sait quelle dénonciation scolaire des images violentes sert au contraire à Amenabar d outil pour théoriser de façon sensorielle sur le pouvoir des images Tout le film se révèle alors bâti comme un gigantesque échiquier où chaque pion avancé en général un effet sonore ou une idée narrative peut servir autant à briser une pièce établie à savoir notre perception qu à susciter le doute sur son impact et sa fonction Le cinéaste joue d ailleurs sur les mises en parallèles pour illustrer ce trouble parfois à des fins narratives le montage sonore présente ici Chema et Angela au travers de leurs goûts musicaux souvent pour dévier notre perception d un événement sordide Début du film dans une rame de métro un policier indique l arrêt du véhicule à cause d un suicide sur la ligne Fin du film une journaliste condamne l horreur du snuff avant d annoncer son visionnage dans le journal télévisé soi disant par souci documentaire Dans le premier cas Angela s intéresse au cadavre sur la rame mais on l empêche de le voir Dans le deuxième cas elle s en désintéresse laissant l obscénité derrière elle Mais à chaque fois Amenabar renoue avec la cruauté intrinsèque du cinéma d Hitchcock utilisant le montage pour mieux interroger notre voyeurisme titillant aussi bien notre attente que notre dégoût Filmer la violence ici marquée par le hors champ visuel et l omniprésence du son relève chez lui du même

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