archive-fr.com » FR » C » COURTE-FOCALE.FR

Total: 661

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".
  • Critique : Tyrannosaur (Paddy Considine, Royaume-Uni - 2012)
    seulement les personnages dans un cadre spatial et social mais permet aussi des jeux sur le visage buriné de Mullan se détachant de l obscurité alentour plusieurs effets de style viennent souligner peut être en vain mais avec un impact émotionnel non négligeable la trajectoire émotionnelle de Joseph Ainsi de cet effacement progressif de la bande son lorsque Hannah prie pour l ami cancéreux de Joseph qui laisse les deux personnages s observer l un l autre en silence et en gros plans signalant qu un lien profond est en train de les unir promesse d une rédemption pour Joseph Il y a aussi ce surnom de son épouse disparue qui donne son titre au film et qui nous laisse imaginer une autre bête humaine amputée de ses deux jambes détruite à petit feu par ses propres excès la femme était une diabétique refusant de se soigner nous dit on Il y a encore le personnage du petit voisin d en face qui observe et commente les horreurs des adultes offrant une perspective plus détachée tristement ironique sur l histoire pour mieux nous en faire saisir toute la violence il demande à Joseph s il va tuer l homme qui a tué son chien autrement dit lui même et s étonne qu Hannah se soit retrouvée avec un œil au beurre noir atroce en tombant d un bus Wow Elle a dû tomber du toit alors dit il Il y a enfin cette utilisation décomplexée de la musique Trop souvent sacrifiée dans le drame social britannique sur l autel de l épure absolue elle marque ici le refus du cinéaste d abandonner son personnage dans le silence et la détresse en quelques balades folk Considine exprime son humanisme de manière plus formelle que ne le fait par exemple un Ken Loach en cela il se rapproche d ailleurs de Peter Mullan qui lorsqu il passe derrière la caméra recourt à la musique comme élément de commentaire de l action voir l exemple flagrant de NEDs 2011 Mais la musique lorsqu elle est jouée chantée de manière diégétique dans le film à grand renfort de bière et de whisky a également un côté viscéral qui en fait une échappatoire aux épreuves traversées par les personnages Qui mieux que les Pogues avec leurs balades blessées pouvaient s inviter dans le film dans de pareils moments I m a Man you don t meet everyday chant traditionnel irlandais dont ils ont interprété la version la plus célèbre est chanté suite à l enterrement de l ami de Joseph et se fait naturellement l écho du début du film avec la mort du chien Well I took out my dog and him I did shoot All down in the county Kildare La réussite de Tyrannosaur tient ainsi à cette capacité qu a Paddy Considine à dépasser subtilement le réalisme tout en demeurant ancré dans la peinture d un quotidien Car il ne manque certainement pas de montrer le marasme économique et social du Glasgow

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/tyrannosaur/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Annecy 2013 : Uma História de Amor e Fúria
    Luiz Bolognesi mais qui se montre très vite répétitif si l on considère que chacune des parties dépeint la même chose ça tombe bien c est le sujet et que l on en saisit très vite la finalité Car en dépit d une succession d imageries peu originales au demeurant liées aux multiples genres abordés polar SF le fait de lier petite et grande Histoire celles de son héros et du Brésil ne surprend jamais dans la forme pas plus que dans le fond écrit d avance Plus les choses changent plus elles restent les mêmes une maxime que Bolognesi s efforce à mettre en images dans le character design et la direction artistique notamment à travers ce combat entre les puissants statufiés et les combattants opprimés et tombés dans l oubli auxquels il rend hommage en adoptant leur point de vue S il parvient presque à convaincre sur la durée c est avant tout parce que Bolognesi se pose en témoin objectif et sarcastique de l évolution de son pays et de son potentiel futur L émotion fait fi du chemin balisé qu emprunte le scénario pour nous laisser impuissants devant l inéluctabilité de la situation certes parfois teintée d espoir mais toujours en défaveur de la minorité rebelle Il n en fallait évidemment pas plus pour faire directement écho à notre présent fatalement jamais évoqué dans le long métrage À défaut d avoir les moyens et le talent de son ambition plus qu impersonnel Uma História de Amor e Fúria est surtout visuellement daté Bolognesi signe un film inégal mais qui a au moins le mérite de laisser transparaître une sincérité à fleur de peau 2013 Animation Brésil Helena Maura Luiz Bolognesi Pupillo Rica Amabis Tejo Damasceno Laisser un commentaire Annuler la réponse A propos de l auteur

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/festivals/annecy-2013/uma-historia-de-amor-e-furia/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Critique : Under the skin (Jonathan Glazer)
    le faisant naître malgré tout au travers d une étrange combinaison d images et de sons dans laquelle les obsessions charnelles du cinéaste se mêlent à une musicalité instable du découpage libre d opter pour un rythme contemplatif ou d user de flashs subliminaux agressifs Il fallait bien cela pour faire de l étrangeté le moteur même du film perceptible à travers le point de vue d un alien qui se dissout peu à peu dans une psychologie humaine dont il ou elle peine à saisir le sens Son trajet en voiture tend d ailleurs à définir la tenue narrative du film il est ici moins question d un récit stricto sensu que d une carte sans GPS naviguant à l aveuglette du trip psychédélique vers un cadre de documentaire et vice versa Cela aurait pu tourner au désastre entre les mains d un cinéaste peu adepte de la prise de risques mais ici ça tient carrément du miracle Pourquoi le visionnage d Under the skin nous donne t il l impression de redécouvrir le monde avec des yeux nouveaux C est surtout qu en épousant les perceptions de son héroïne extraterrestre à travers le découpage et le montage sonore où des violons stridents se confrontent à des sonorités électro la caméra de Glazer se fait vecteur d une esthétique inédite dans le genre D une part l usage de petites caméras GoPro pour les séquences de chasse donne un relief très particulier au film ne serait ce qu au travers d un cadre HD sans granularité et d une attention portée à la moindre expression de visage même la plus anodine D autre part le simple fait d apprendre que la plupart de ces scènes ont été tournées en caméra cachée histoire de conserver l authenticité des réactions des acteurs et des figurants confirme notre impression d y voir les acteurs prendre l ascendant sur le réalisateur dans un mouvement d abandon total Pour le reste le cadre minéral de l Ecosse filmé moins comme un terrain connu que comme une terre inconnue offre à Glazer l occasion de poser un regard subjectif sur une humanité baignant dans un état second où chacun se caractérise par sa solitude sa faculté de compassion ou son incapacité à se libérer de ses pulsions surtout sexuelles Au delà de cette faune locale qui semble parfois plus extraterrestre que l héroïne chaque élément naturel donne au décor la dimension d une planète inconnue qu il s agisse de routes qui serpentent sur le relief rocailleux d une brume fantomatique qui coupe la visibilité sur une route de campagne d une forêt dont les arbres s agitent sous un vent violent ou de rivages meurtriers sur lesquels se déchaînent les éléments maritimes Le statut de trip sensoriel que le film récolte au centuple grâce à cette mise en images n est souvent pas sans évoquer les expérimentations graphiques de Philippe Grandrieux on pense très souvent à Sombre en même temps qu une certaine forme

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/under-the-skin-jonathan-glazer-2014/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Analyse : United Red Army (Koji Wakamatsu)
    sont arrivés là L Histoire n aura retenu que les agissements stupides d une bande de jeunes criminels sans foi ni loi mais Wakamatsu qui n a jamais caché sa proximité avec les milieux d extrême gauche cherche à élucider les raisons de ce désastre sans jouer la carte du fantasme D où son idée d élaborer une structure narrative en trois temps qui lui permet d englober l intégralité des faits au sein d une progression dramatique de très haute volée la naissance du mouvement révolutionnaire l entraînement militaire dans les montagnes et la prise d otages qui scellera la fin tragique du groupe Conception développement destruction ces trois étapes désormais usitées lorsqu un artiste aborde la réussite qui précède la chute une idée aussi vieille que l Empire Romain ne servent pas ici de structure démonstrative où les faits seraient résumés en détail sans point de vue cinématographique Tout comme David Fincher l avait fait avec Zodiac Wakamatsu va utiliser les faits pour aborder un contexte et révéler des éléments contradictoires Rien que dans le premier tiers de son film élaboré un peu à la manière d un docu fiction de Peter Watkins le cinéaste condense un nombre faramineux de faits de dates de noms et d images d archives d où émergent peu à peu les protagonistes qui donneront naissance à l Armée Rouge Unifiée Une optique de reconstitution historique qui multiplie les repères temporels tout en isolant les points clés la signature du traité de sécurité nippo américain en 1951 qui fut la source de diverses émeutes la contestation qui s installe alors contre le système en place la radicalisation des mouvements gauchistes à partir de 1960 la scission de la ligue nationale des étudiants en une multitude de groupes radicaux l occupation de l université de Tokyo entre janvier 1969 et février 1970 qui se soldera par l échec total du mouvement étudiant et la fuite des étudiants les plus radicaux vers une lutte armée qui ira en crescendo Ainsi naîtront deux groupuscules clandestins la Faction Armée Rouge FAR dirigée par l impitoyable Tsuneo Mori et la Faction Révolutionnaire de Gauche FRG dirigée par la vénéneuse Hiroko Nagata qui mettront leurs forces en commun et fusionneront pour former l Armée Rouge Unifiée Tous ces éléments ont beau être indiqués et juxtaposés avec une précision journalistique assez rare c est bien de cinéma qu il s agit La première astuce de Wakamatsu est de susciter le doute sur la dimension documentaire du récit si les photos et les images d archives abondent en masse la mise en place de cartons significatifs à la Godard et de séquences de reconstitution installent le film dans un cadre fictionnel extrêmement instable Du coup bien que le contexte soit clairement identifié et la chronologie établie le réalisateur élabore un chaos plastique d une grande complexité qui marque surtout son choix judicieux de ne pas révéler le socle idéologique si tant est qu il existe vraiment qui aura engendré la contestation étudiante on perçoit déjà que les étudiants sont plus occupés à se diviser en factions opposées qu à s organiser contre un ennemi commun que leurs revendications diffèrent sur des détails plus ou moins infimes la révolte doit elle être immédiate ou progressive que la jeune génération militante est incapable de s entendre avec l ancienne et que tous ne sont plus que des silhouettes abstraites dont on peine à cerner le schéma idéologique qui les définit D autant que l artificialité des séquences de reconstitution très éloignées des archives et prenant place dans des décors assez cheap notons un bar assez irréel où l on entend Le temps des cerises révèle une grammaire et une esthétique assez paradoxales Au bout du compte on perçoit alors un écart très clair entre le désir de révolte originel incarné par les images d archives et l idéologie révolutionnaire qui n aura de cesse de pervertir celui ci ce que les scènes de reconstitution illustrent à la perfection Et une fois encore Wakamatsu ne juge rien Il reste factuel sur le fond sa mise en scène n étant qu un révélateur Beaucoup plus différente et davantage rétrécie sur les individus ici retranchés dans un lieu unique la seconde partie du film installe très rapidement une graduation dans l horreur Alors qu une partie des membres de la FAR s en vont rejoindre les camps d entraînement au Liban les membres de l Armée Rouge Unifiée fuient les cités urbaines et se retranchent dans une baraque isolée au cœur des montagnes de la préfecture de Yamanashi afin de débuter leur entraînement militaire C est là que sous l impulsion de leurs deux leaders le couple infernal formé par Mori et Nagata le groupe va peu à peu retourner son désir de révolte contre lui même chacun se voit alors contraint de se justifier de faire sa propre autocritique de révéler sa propre impureté afin de souligner son appartenance à une vraie révolution Par la critique mutuelle chacun acquiert une conscience communiste La machine totalitaire se met alors en marche multipliant les purges les tortures et les exterminations avec une cruauté parfois insoutenable et c est là que le film révèle son thème central illustrer de façon objective la dérive d un groupuscule politique ici assimilable à une secte qui aura poussé trop loin la radicalisation de son idéologie si loin qu il aura fini par reproduire le dispositif répressif et anti démocratique contre lequel il s était insurgé à la base Ce que l on avait abordé il y a peu au sein des documentaires de Rithy Panh se cristallise une fois de plus ici l apparition d un leader charismatique qui scande les dogmes Fais ton autocritique un ordre si répété qu il finit par filer la nausée donne chair à un schéma de terreur absolue laquelle s insinue dans les esprits à travers la puissance du verbe et de la rhétorique et fait glisser un collectif soudé par un idéal politique sur

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/analyses/united-red-army/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Va te faire foutre Freddy : Dumb comedy et dadaïsme | Courte-Focale.fr – Grand angle sur le Cinéma !
    pour son statut polémique d arnaque commerciale faussement significative Se retirer du système en hurlant c est peut être avouer qu il existe et lui consacrer une importance un temps de vie dans l éternel c est donc s assurer de sa victoire totale Là derrière les rires s insinue toute réaction indissociable de la comédie qui nous intéresse est ce de la révolte ou juste une stupidité des plus dérisoires La vérité est bien plus compliquée qu un résumé concis mais l on peut émettre une hypothèse le truc c est qu en cumulant les pires idées léchage en gros plan de plaie béante branlette pachydermique suivie d une éjaculation déchirement d un cordon ombilical avec les dents entre autres joyeusetés l acteur est alors certain de sa mise au banc par l intelligentsia la dictature du bon goût et de l esprit sain Il devient donc le punk par excellence préférant l hystérie normalisée à la voix éraillée du punk se saisissant de l opportunité que lui offre le système établi pour y imposer son image chaotique d un univers nourri aux trips les plus barrés qu on puisse imaginer Et si la véritable révolte tenait de ces saletés burlesques savamment orchestrées Au delà des philosophies pouvant être jugées comme adolescentes MTV punk et compagnie Va Te Faire Foutre Freddy tient sa réputation d un prodigieux chemin de croix reflétant la complexité de la tâche critique et la complexité en somme de l Art en général Oui il s agit bien de se faire côtoyer Art et comédie dégénérée du bulbe Il est alors fondamental de revenir sur la progression de la chose L accueil de l œuvre ne fut pas des plus jolis Certainement déjà adulé par une cohorte de déviants foufous l ovni fut d abord perçu par la majorité de la critique américaine comme une immense daube voire même comme l un des pires machins filmiques de tous les temps A travers un ensemble de phrases assassines rejetant en bloc le bébé de Tom Green se détache pourtant un avis qui semble bien plus intéressant que les autres bons mots catégoriques Effectivement le dinosaure Roger Ebert résume ainsi ce phénomène Un jour arrivera où Va Te Faire Foutre Freddy sera considéré comme du néo surréalisme mais il ne sera jamais considéré comme un film drôle Phrase à moitié prophétique puisque si beaucoup se marrent encore devant ce qui relève d une potacherie tarée quelques critiques ont finit par reconsidérer le film de Green et à le comparer à certains courants artistiques d avant garde comme le Dadaïsme ou la Nouvelle Vague Si l on creuse bien derrière le caractère anarchique et ronge cerveau du tout de nombreuses caractéristiques en font concrètement une dumb comedy expérimentale Cela étant dit Ebert préfère la punchline à la véracité Le surréalisme se caractérise par une idée plus intense de la vie il faut toucher du doigt les vérités cachées atteindre ainsi une forme de transcendance par l usage de

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/va-te-faire-foutre-freddy-la-comedie-us-dadaiste/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Critique : Valhalla Rising (Nicolas Winding Refn)
    et quête de modernité mais plutôt dans cette idée d exploration d une nouvelle frontière Remontons le temps A titre d exemple dans Il était une fois dans l Ouest Sergio Leone filmait l Ouest Américain moins comme un territoire vierge et idyllique que comme un nouveau monde en construction dont la pureté sauvage se voyait annexée par une civilisation capitaliste et une humanité basée sur la violence Avec au centre de cette transition aussi bien politique que sociale l affrontement de deux visions du monde De même il y a quelque temps en réalisant No country for old men les frères Coen mettaient en avant l impossibilité pour l être humain de s extraire d un univers cloisonné sorte de nouvelle frontière oubliée qui enfermerait les êtres dans leur propre condition et ce de façon irrémédiable Et très récemment dans sa redéfinition astucieuse des codes du western Jan Kounen s écartait peu à peu de l imagerie classique du genre pour proposer avec Blueberry une tentative d évasion pour l être humain à travers le chamanisme et l expérience psychotrope Exploration enfermement évasion trois données que l on peut imputer au western et dont l axiome de départ aura toujours été celui de découvrir de nouveaux horizons Désormais le voyage ne se faisait plus en terrain connu mais en terre inconnue Fidèle à sa volonté de concevoir une filmographie orientée sur la réappropriation des genres Refn reprend l idée à son compte en combinant ces trois sensibilités Dès lors que notre antihéros mutique et monolithique Mads Mikkelsen impressionnant se libère de sa condition d esclave le voilà qui erre sans destin marchant sans cesse à travers des paysages naturels d une beauté sauvage rarement vue sur un écran de cinéma Ses seules rencontres se résumeront à une bande de guerriers Vikings pour qui l existence de Dieu reste la seule vérité universelle qu il accompagnera dans leur voyage vers une hypothétique terre sainte symbole de la fin de leur errance éternelle et de leur survie future Mais lorsque la brume entoure leur drakkar et les perd dans leurs certitudes l errance élégiaque se mue en lente agonie existentielle puis en introspection métaphysique sur le rapport de l humain à l univers Dès lors en combinant ses références cinéphiles John McTiernan Werner Herzog Andreï Tarkovski Nicolas Echevarria avec un sens de l expérimentation digne des travaux respectifs de David Lynch ou de Philippe Grandrieux le cinéaste génère un flou artistique sidérant qui brouille les perceptions tout en accentuant les émotions Il sera donc indispensable de prendre pour idée de départ que le sens du film découle d une succession de motifs qui reliés les uns aux autres vont élaborer une idée spécifique que chacun pourra réinterpréter à sa guise sous couvert d être disponible et ouvert à ce genre de lecture Tout comme le protagoniste découvre un nouveau monde tout en s imprégnant de lui Refn propose une nouvelle manière de penser et de vivre le cinéma Pour cela le visuel et le son investissent le rôle de stimulateurs et non d accompagnateurs La photographie dévoile une esthétique mutante on passe de tons ocres au bleu métallique en passant par le rouge sang pour les séquences oniriques la caméra capte le moindre bruissement de la nature herbe vent mouvement des nuages mouches qui volent la bande sonore ménage des effets qui stimulent sans arrêt le cortex la musique semble provenir d un ailleurs lointain évoquant une sorte de purgatoire et le découpage du film en plusieurs chapitres confère à l ensemble une structure dantesque comme si l on parcourait les différents cercles de Dante jusqu à une destination inconnue C est un monde en perpétuelle mutation quasi hallucinatoire comme dirigé par des forces invisibles ou démoniaques La longue séquence du drakkar en est d ailleurs une sacrée illustration perdu au milieu d une étendue aquatique où semble régner une brume éternelle ce vaisseau peuplé de quelques êtres humains déjà morts et réduits à l état de fantômes errants fait tout de suite écho à la traversée du Styx où un gardien le borgne emmenait malgré lui les âmes perdues aux Enfers à savoir des êtres humains fanatiques et violents vers leur propre destinée Sur ce point là la lecture mythologique n est d ailleurs pas interdite puisque le film reste vierge de toute interprétation formatée Surtout que l endroit où débarquent les personnages sorte de paradis naturel où se nichent des forces invisibles évoque clairement une autre dimension le fameux Valhalla Et comment ne pas voir le parcours du protagoniste comme symbole de l évolution humaine d abord entité soumise il devient un animal rebelle lors de sa libération puis accède au statut de guerrier autonome dès l instant où il prend les armes A moins qu il ne soit tout simplement la face sombre et damnée d une âme schizophrène réduite à l errance et au silence éternel l enfant qui l accompagne pouvant être ainsi l autre face plus mesurée et positive il utilise le langage et tente sans cesse de raisonner Le doute règne le chaos également C est néanmoins lors de l arrivée sur cette terre inconnue que le film redouble de puissance réorganisant sa narration inhabituelle plans fixes et flash forwards à travers des séquences à quadruple sens qui mettent à jour les prémices d une civilisation violente ici captées au sein d un univers aux allures de purgatoire et où les êtres se confrontent à leur nature profonde bel usage des gros plans en contre plongée Quant au protagoniste muet et borgne facilement assimilable au monolithe du 2001 de Kubrick il n est qu un bloc de sauvagerie une véritable force de la nature au service de sa propre thématique devenant peu à peu un surhomme pour finalement au contact d une nature mystique et hostile oublier sa violence interne au profit d une humanité re découverte et sacrifier sa propre vie pour atteindre l au delà enfin libéré de sa propre violence interne

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/valhalla-rising/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Critique : Valley of love (Guillaume Nicloux)
    vus ensemble depuis Loulou il y a 35 ans leurs personnages acteurs comme eux s appellent Isabelle et Gérard une réplique de ce dernier fait référence à une scène clé du film de Pialat Tu te souviens la première fois quand on est montés à l hôtel et la présence d un fils décédé renvoie évidemment au destin tragique de Guillaume Depardieu Il semble déjà qu en terme de dramaturgie Nicloux se plaise à jongler entre le vécu et le fictionnel comme si l un servait à enrichir l autre dans un sens comme dans l autre Du côté des enjeux l idée aussi absurde soit elle d un fils qui appelle ses parents par delà la mort installe d emblée un scepticisme que la curiosité parvient souvent à contrebalancer Et comme la mort d un enfant est du genre à créer un vide de plus en plus lourd quoi de mieux que le désert pour favoriser l introspection De Michelangelo Antonioni Zabriskie Point à Gus Van Sant Gerry en passant par Vincent Gallo The brown bunny et Bruno Dumont Twentynine Palms le désert américain a toujours eu un impact filmique tour à tour méditatif et angoissant reflet intérieur assumé de personnages prompts à entrer dans un processus d errance et de recherche Ici c est surtout d amour dont il est question d où ce titre ironique qui redéfinit le nom de cette vallée mythique Celui toujours intact pour un être qui n est plus là et qui au sein de ces grands espaces brûlants à l horizon indéfini pourrait ressurgir tel un fantôme plus ou moins bienveillant C est cette présence de l invisible capturée en douceur par la caméra flottante et les majestueux cadres fixes de Nicloux qui crée peu à peu une ambiance étrange dominée par la stase et la suspension du temps à travers laquelle le cinéaste réussit à appréhender le basculement hallucinatoire de nos propres perceptions du réel au cours d un difficile processus de deuil Vu d ici on rêve de ce qu un cinéaste comme David Lynch aurait pu tirer d un tel pari En l état Nicloux s amuse avec joie à fouler le sol de ces dimensions lynchiennes que l on a tant exploré pendant des années comment ne pas lire cette rencontre avec une blonde freak au faciès défiguré comme un clin d œil à peine voilé Mais pour autant l onirique et le bizarre ne sont pas chez lui des matières nécessitant une matérialisation frontale Ce qu il aime le plus c est le non dit l évasif l incertitude le subliminal En somme le mystère qui ne murmure sa révélation qu à demi mots La beauté stimulante de Valley of Love réside dans cet entre deux où l effarante simplicité du récit est le terreau d une myriade de doutes où le minimalisme des décors ouvre la porte au mysticisme et à la métaphysique Aucun schéma cartésien ici juste des signes qu il s agit d interpréter

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/valley-of-love-guillaume-nicloux-2015/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive

  • Critique : Velvet Goldmine (Todd Haynes)
    se mêlant très vite aux autres au gré du découpage Des réminiscences dont les personnages de Brian et de Curt se font les incarnations parfaites dès sa première apparition le premier évoque l excentrisme de David Bowie sans parler du look spatio kitsch de son personnage de scène à la Ziggy Stardust et plus tard dans le récit l hystérie rageuse du second présenté comme un rockeur drogué et destroy élabore un drôle de croisement entre Kurt Cobain et Iggy Pop Même les chansons et les musiques ne sont pas sans évoquer des réorchestrations de morceaux existants Le film tout entier est à l image de ce qui semble habiter l esprit d Arthur fan extrême avant d être journaliste une duplication sensitive d une époque révolue autant qu une pure chanson de gestes et d attitudes chacun e étant décliné e à la manière de En soi c est une force tant le film arrive à faire revivre un espace temps aussi fou et décadent mais c est aussi une faiblesse pour ne pas dire un excès de zèle tant le cinéaste se laisse parfois dévorer par sa fascination finalement réduite à du vent lorsque le scénario évolue vers des terrains moins joyeux Car oui après l ivresse vient forcément la gueule de bois Et ainsi Todd Haynes ne tarde pas à révéler la face cachée de ce culte viscéral voué à des icônes qui en fin de compte n auront été rien d autre que des apparences des images fantasmées et quelque part mensongères On voulait changer le monde mais c est nous qui avons changé Cela se justifie bien lorsque les figures décadentes d antan révèlent leur nature éteinte et démaquillée voir la mine fatiguée de Toni Collette dans un bar décuplant ainsi la nostalgie et donnant à ces survivants l allure de zombies qui erreraient sur un champ de ruines En revanche on peine à adhérer à ce genre de basculement lorsque toute la narration continue de rester basée sur un argument fictionnel à savoir cette petite breloque dont l ouverture du film révèle qu elle aurait appartenu à Oscar Wilde Nul doute que le parallèle avec un élément historique établi aurait eu davantage d impact même si l on voit malgré tout où voulait en venir le cinéaste pour lui le glam rock n est pas une mouvance parmi tant d autres mais surtout un état d esprit qui de par son déchaînement de paillettes glitter et de mensonges stylisés ne vise qu à dissimuler le vide au profit d une poésie factice à laquelle peuvent adhérer collectivement les idoles et leur public Mais là encore difficile de suivre Todd Haynes dans sa fascination pour le glam surtout quand celle ci ne découle que d un vertige fantasmatique aussitôt arrivé aussitôt évaporé Le comparatif avec un autre film nostalgique sur le rock s impose alors quelques années plus tard Cameron Crowe réalisait Presque célèbre œuvre quasi autobiographique qui prenait le temps d investir un contexte

    Original URL path: http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/velvet-goldmine-todd-haynes-1998/ (2015-10-11)
    Open archived version from archive