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  • Entretien avec Nicolas Bedos, Alexandre Castagnetti et Jonathan Cohen
    je veux pleurer Évidemment on ne laisse pas tomber le pan comique pour autant Mais comme les gens qui financent les comédies romantiques sont souvent très concentrés sur la comédie parce qu elle fait plaisir au public ils ont tendance à oublier l émotion Ici on s est appliqué pour les deux NB Cela avait de gros impacts sur le jeu Sur le plateau j étais là pour faire chier sur un point que les dialogues sonnent le plus vrai possible Mais comme je débute au cinéma j avais toujours tendance à en faire un peu trop Le boulot d Alexandre au niveau du jeu c était donc de m empêcher de cabotiner ce que Jonathan en revanche fait très très bien rires Y avait il sur le tournage une place laissée à l improvisation AC Extrêmement peu C est très difficile de faire ça parce que le timing d un tournage en tout cas du nôtre est très serré NB Il le coupe Bon après Jonathan a tendance à rallonger ses répliques mais bon rires JC J adapte AC Il y a tout de même un passage court mais important à nos yeux qui a été improvisé C est une conversation dans l avion entre Nicolas et la petite assise à côté de lui qui est en fait ma fille Nicolas avait à inventer la fin du dialogue il lui dit C est bizarre la vie hein elle répond que oui Et puis il rajoute Bon courage Et là ce qui est venu à ma fille qui ne savait pas ce qu elle devait dire à ce moment là c est juste Merci rires NB Et alors là je me souviens que j ai hurlé au cameraman Pourvu que ce soit sur elle Parce qu on savait bien qu elle ne pourrait pas faire ça deux fois avec la même voix avec le même regard sérieux être aussi irrésistible Toute l équipe était super touchée et contente à ce moment là Monsieur Bedos en quoi l écriture d un scénario a t elle différé de celle d un roman ou d une chronique à la télévision NB Tout reste lié à un goût musical J ai toujours envie de quelque chose de sensuel Souvent quand j écris une chronique je danse dans ma tête je me sens presque plus slameur que journaliste Pour les dialogues de cinéma c est un peu pareil j adore les chutes et c est presque une histoire de nombre de pieds comme pour un vers en poésie AC On travaillait d ailleurs beaucoup sur cette musique des mots d une prise à l autre On parlait de notes de voix d accélération et de retenue NB Oui Et une autre différence entre télévision et cinéma à laquelle je pense c est le degré d élaboration Une chronique finalement c est beaucoup liée à une capacité à se lâcher tandis que l écriture des dialogues impose au contraire de se limiter de couper d économiser Le rôle des silences est aussi plus important tandis que dès que je débute l écriture d une chronique ou d un livre je ne m arrête plus Par rapport à votre travail à la télévision Monsieur Bedos la configuration d un tournage avec des prises courtes et à répétition vous frustre t elle NB Oui énormément Je suis dans un travail important pour moi Ludivine Sagnier qui ne peut malheureusement pas être là aujourd hui à cause d une grippe m a beaucoup réprimandé materné et au final aidé parce que je suis nul pour ça vous voyez bien que je ne tiens pas en place je dois toujours être en train de fumer de boire un truc d écrire et d écouter la radio en même temps Par rapport à la télévision ou au théâtre le cinéma c est l art du non jeu En fait on joue deux minutes par jour et le reste du temps on attend que les choses se mettent en place Mais j aime tellement le résultat cette magie de l assemblage de tous ces petits moments que je suis prêt à faire encore de la psychanalyse pour être plus agréable pour tout le monde sur les prochains tournages Ce rôle semble assez proche de vous Comment fait on pour s écrire en beau gosse irrésistible N est ce pas le comble du narcissisme NB Mais vous êtes arrivé en France il y a trois semaines ou quoi Je suis le comble du narcissisme rires Pour être sérieux d abord oui je suis narcissique et tous les acteurs le sont Je trouve ça moins narcissique de s écrire un rôle comme ça et de se foutre quand même souvent de sa propre gueule je me montre en train de me maquiller de lutter contre la calvitie etc que de faire mine d être modeste alors qu on est dans le fond profondément narcissique Ce n est pas tant que je parle de moi c est que le scénario permettait à un moment donné que j y glisse le personnage que les gens connaissent de moi ce type sûr de lui qui se vante qui séduit des nanas etc Il y a des choses dites sur moi qui sont vraies d autres non mais j ai en tout cas décidé de faire de cette mauvaise réputation un atout Parce que je suis quelqu un de très impudique je vous le dis il se trouve aussi que l histoire a des résonances avec ma propre vie Non seulement je trouve que l histoire de ce coureur de jupons qui doit prouver sa capacité à tomber vraiment amoureux à une espèce de psychorigide c est une très bonne situation de comédie mais il se trouve en plus que ça m est arrivé Le film est travaillé autour d un équilibre entre les personnages autour d une série de poids contrepoids Avez vous construit le scénario en réfléchissant en ces termes AC Ce n est pas un

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  • [ENTRETIEN] Nicolas Philibert | Courte-Focale.fr – Grand angle sur le Cinéma !
    ailleurs je tenais personnellement à garder des gens off Un autre titre possible pour votre film aurait été La Maison ronde du fait de cette architecture étonnante du bâtiment Son filmage semble être un enjeu visuel important J ai filmé assez peu le bâtiment et il est difficile de filmer ce lieu Il est vrai que ces courbes donnent un sentiment de mouvement mais en même temps ce n est pas un bel endroit Ce sont des couloirs et de tout petits bureaux ou studios On est bien loin du musée du Louvre où j ai tourné un film La Ville Louvre 1990 ndlr et où j étais attentif autant aux œuvres qu aux espaces aux jeux de lumière etc A la Maison de la Radio les studios ont été conçus pour le son mais vraiment pas pour l image Ils sont mal éclairés par de petits spots ce n est pas très beau et il fallait faire avec ces contraintes là Avez vous ajouté une lumière à celle des studios Dans les studios de musique où l on voit un quatuor ou une pièce chantée je n ai strictement rien rajouté D ailleurs ce sont de grands studios et il faudrait y passer beaucoup de temps pour préparer une bonne lumière De toute manière on ne savait jamais où les musiciens s installeraient et on n aurait pas osé les placer ce ne sont pas des acteurs En revanche dans le studio de France Inter où j ai tourné plusieurs fois il m est arrivé d ajouter de petites lampes LED que je posais devant les intervenants pour gommer un petit peu les cernes que leur donnait l éclairage de la pièce c est tout Le bâtiment de France Inter justement est distinct de la Maison de la Radio Quelle est à vos yeux l importance de cette illusion d une unité de lieu que vous créez de même que celle du déroulement du film sur une journée alors que le tournage s est étalé sur plusieurs mois Raconter en détails la géographie des lieux j ai décidé de m en moquer complètement Mais vous savez j ai pris le parti pris de me moquer de plein de choses Certaines omissions pourront m être reprochées Vous n avez filmé ni FIP ni Le Mouv Vous n avez pas filmé les antennes à part égale etc Je m en fiche Ce n est pas un film d entreprise ni une commande c est le regard d un type qui aime la radio et qui en a utilisé les émissions comme du matériau à partir duquel faire autre chose On rit beaucoup parfois Aviez vous conscience du potentiel comique dès le tournage par exemple avec cette courte séquence du Jeu des 1000 qui semble presque ironique Il y a un peu d ironie mais il me semble que ça reste bienveillant J ai bien sûr conscience de la cocasserie de certains moments quand je les filme Il y a des moments

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  • [ENTRETIEN] Arnaud des Pallières (Michael Kohlhaas)
    davantage selon une forme d instinct presque animal que dans une logique plus rationnelle Au moment où on écrivait les dialogues on est tombé sur des historiens qui nous disaient qu à l époque on ne pensait pas et on ne parlait pas de la même manière qu aujourd hui Nous tous nous sommes des rationalistes et des cartésiens parce qu on a hérité de ce moment extrêmement important de la pensée qui était le cartésianisme Mais il y a eu un avant où l échange des idées dans les paroles était très différent Du coup on s est dit que peut être dans ce film les choses devraient un peu plus heurtées un peu moins expliquées Parfois vous êtes aussi dans l ellipse Par exemple dans la scène de la mort de l épouse de Michael Kohlhaas on a un peu l impression d avoir raté quelque chose Pourquoi avoir utilisé ces ellipses AdP Eh bien il vous arrive exactement la même chose que la petite fille elle a raté quelque chose J essaie de vous mettre par un geste de montage dans le sentiment de la petite fille Vous allez arriver trop tard Les ellipses c est toujours de l énergie pure une forme de violence faite au spectateur Presque un coup d électricité Et encore pour cette scène je ne pense pas l avoir réfléchi au moment où je la tournais Mais votre réaction me semble tout à fait juste pour la petite fille il s est passé quelque chose dans son dos et quand elle arrive il est déjà trop tard La souffrance et la cruauté de ce qui se passe provient de ce déjà trop tard C est le geste temporel qui fait que c est particulièrement douloureux Revenons sur la nouvelle de Kleist dont il est précisé au générique de fin que votre film en est une adaptation libre Quelles ont été exactement les libertés prises par rapport à la nouvelle CB Il y en a un certain nombre à vrai dire La nouvelle de Kleist date du début du 19ème siècle elle est chargée d un univers politique postrévolutionnaire et à l époque Kleist va s en servir pour défendre des idées En somme il s inspire d une histoire authentique à savoir un fait divers de 1530 où après s être fait volé des bœufs un marchand de bestiaux a réclamé une justice qu il n a pas obtenue et s est lancé dans une révolte guerrière pour finir par être exécuté A l époque on sait que Luther est intervenu en sa faveur par une lettre auprès du prince électeur et on sait aussi que le prince électeur après avoir eu connaissance de toute l histoire de cet homme a fini par regretter son exécution Kleist s empare donc de cette histoire en fait une intrigue romantique sur fond de conflits politiques entre un prince éclairé et un prince plus obscur de l Allemagne de la fin du 18ème siècle Il y est beaucoup question de droits il y a un plaisir évident chez lui à développer une écriture juridique on remarque qu il y a toute une série d aventures et de questionnements sur la justice que va t il arriver au personnage s il est jugé ici ou là bas etc Il y a donc beaucoup de droits qui se confondent Jusqu au dernier tiers Je sais qu Arnaud parle souvent du rapport que Kafka avait avec cette nouvelle mais tout le dernier tiers contient une intrigue non romantique qui appartient plus au baroque du 19ème siècle autour d une bohémienne qui vient aider Kohlhaas dans sa prison Quant au personnage de Kohlhaas il faut préciser que dans la nouvelle il s agit d un illuminé Il devient quasiment un ange exterminateur et à la fin quand on le redécouvre à la tête d une armée il a devant lui des petits pages avec des coussins rouges et des épées dorées Rien à voir avec ce que nous en avons fait dans le film Mais nous avons tenu à conserver l essence de la structure et de la narration Par ailleurs une autre chose nous avait beaucoup touchés c était la présence des enfants d une part ils étaient plus nombreux dans la nouvelle au moins quatre et d autre part on a gardé un instant précis de la fin de la nouvelle où Kohlhaas voyait deux de ses enfants monter sur un cheval et partir au loin On a repris cet instant dans le film pour la scène finale avec la petite fille AdP Cela dit la plus grande liberté qu il ne faut pas oublier c est qu on en a fait une histoire française Je pourrais d ailleurs revenir à la première question que vous m avez posée il y a un lien si fort entre cette histoire et l histoire de l Allemagne et l idée d en faire un film alors que je ne suis pas très compétent en allemand m intimidait beaucoup Le déclic a consisté à me dire que dans le fond le rapport à la germanité n est pas important L important c est un homme qui a une obsession qui va jusqu au bout et qui donne sa vie pour cette obsession Ça pourrait très bien se dérouler n importe où Et comme Christelle est beaucoup plus historienne que moi je lui ai demandé si elle voyait quelques circonstances historico politico religieuses qui permettraient de décaler l intrigue et d en faire une évocation historique C est là que nous avons trouvé cette histoire de princesse d Angoulême ainsi que cette région des Cévennes où une sorte de coexistence pacifique a existé pendant longtemps entre les catholiques et les protestants Et le tour était joué je n avais pas de problème je racontais une histoire en français et je faisais une coproduction avec l Allemagne Sur ce dernier point autour de la question du protestantisme ça avait du sens que certains acteurs puissent avoir un accent qui donnerait l origine de cette foi Au bout du compte quand on fait un film on ne peut pas prendre tout ce qu il y a dans un bouquin le temps de lecture d un livre et le degré de complexité de ses différents embranchements ne sont pas comparables avec l écoulement d un film de deux heures Comme tout ne nous intéressait pas dans cette histoire nous avions donc des choix à faire tous ceux que Christelle vient de citer Nous avons pris la décision de modifier de supprimer ou d inventer certains personnages dont celui de la petite fille qui n existe pas dans la nouvelle Et comme nous trouvions que l histoire manquait de personnages féminins nous avons décidé que Kohlhaas aurait beaucoup plus affaire à des femmes cela l humanisait et le rendait moins seul que dans la nouvelle où les personnages secondaires étaient toujours au second plan Il fallait lui créer de vrais rapports inventer de vraies relations ne serait ce qu avec sa femme et sa fille On a aussi pris la décision de moderniser les dialogues chez Kleist tout est très baroque et tortueux et on a choisi d écarter les signes de langue ancienne ou les doubles négations pour que le spectateur rentre le plus tôt possible dans le film Plus vite il peut oublier qu il se trouve au 16ème siècle mieux c est Plus on épure plus on se rapproche de quelque chose qui est de l ordre du western et au fond dans le western on n a jamais l impression d être dans le passé On a une telle connaissance une telle aisance dans le western justement parce qu on en a vu plein On est dans une sorte de présent hyper codifié qu on connait bien et du coup on ne fait plus attention aux costumes ou à la temporalité C était l objectif à tenir sur ce film faire qu à chaque instant on puisse être au présent La nouvelle de Kleist a déjà été adaptée plusieurs fois Cela ne vous a pas posé de problème dans le travail d adaptation AdP Quand on a commencé à travailler avec Christelle sur l adaptation on s est dit que la moindre des choses serait de voir les œuvres précédentes qui ont été tirées de la nouvelle J avoue que je ne les connaissais pas et c était une bonne chose Nous avons donc vu trois ou quatre films en tout et pour tout Il y avait un film de 1969 réalisé par Volker Schlöndorff un feuilleton allemand des années 70 et aussi un téléfilm en mode western réalisé par John Badham avec John Cusack Jack Bull produit en 1999 par la chaîne HBO Mais le plus fort ça a été de redécouvrir Ragtime de Milos Forman qui est en réalité une adaptation détournée via un roman de Doctorow qui est lui même inspiré de la nouvelle de Kleist CB Ils n ont d ailleurs même pas cité Kleist au générique mais on a tout de suite repéré la connexion Il y a même un personnage dans ce film qui s appelle Coalhouse rires AdP Outre le fait qu il s agissait pour nous de la meilleure adaptation qui ait été faite de cette nouvelle cela prouve à quel point cette histoire est universelle conjugable à toutes les cultures et à toutes les époques On en a tiré cette leçon Aviez vous le sentiment sans que cela devienne forcément une intention au moment de l écriture d utiliser cette histoire pour évoquer quelque chose de l actualité contemporaine AdP C est la seule raison pour laquelle j ai voulu adapter cette histoire J avais l intime conviction qu il y avait quelque chose de Kohlhaas en moi et que cette histoire disait quelque chose d important à la fois sur notre humanité et sur des sujets plus politiques Quand mon producteur m a demandé pourquoi je voulais adapter cette nouvelle je lui ai dit que je ne connaissais pas beaucoup d auteurs qui racontaient aussi bien quelque chose qui est en train de nous arriver Au risque d aller un peu vite je dirais que le désespoir politique de Kohlhaas a quelque chose à voir avec le désespoir politique d hommes et de femmes seuls qui luttent contre le monde en sacrifiant leur vie On peut tous faire le lien avec cette histoire et si on peut faire le lien c est qu il y a un lien Ce qui fait que l on peut se poser la question Kohlhaas est il un terroriste Je ne vous dirais pas ma réponse mais je tiens à ce que chaque spectateur se pose la question et se détermine par rapport à sa façon de juger le personnage Du coup est ce que vous vous sentez terroriste en tant que cinéaste Est ce que faire du cinéma est une façon pour vous de lever des armées AdP Plusieurs personnes m ont demandé si l histoire de Michael Kohlhaas et de son combat n est pas l histoire d un cinéaste qui combat pour faire un film Je n y avais jamais pensé il réfléchit Pourquoi pas Faire un film c est aller au bout d une idée Je crois que c est Godard qui disait que si l on est très attentif il existe dans tout bon film un documentaire sur la façon dont il a été fabriqué Donc oui un film est toujours l histoire de lui même d une certaine manière Et il est certain que pour faire ce film nous avons dû passer par de nombreuses épreuves tant physiques que météorologiques par lesquelles les personnages passent dans le film Mais même s il y a une relation ce n est pas pour ça que je fais le film Je ne fais pas un film pour parler de moi je le fais parce que j ai une relation intime avec cette histoire Entre le moment où vous avez entrepris de faire le film et aujourd hui l actualité ne vous a t elle pas rattrapé à un moment donné notamment en ce qui concerne cette question de l amnistie qui anime une très large partie de l intrigue AdP Ma conviction profonde c est que c est le propre des chefs d œuvre d arriver à créer ce genre de parallèle Vous savez il a souvent été dit qu adapter une œuvre majeure au cinéma aboutit presque toujours à des films médiocres et vice versa Je n en suis pas convaincu car il y a des exceptions Là j avais conscience que cette nouvelle de Kleist était un chef d œuvre de la littérature allemande Le personnage de Michael Kohlhaas est un mythe très connu en Allemagne Par exemple je me souviens avoir rencontré Jean Marie Straub qui disait que dans sa jeunesse en Lorraine ou en Allemagne on disait Tu vas encore faire ton Kohlhaas C est un poncif c est un cliché c est un mythe de l humanité Cette nouvelle sera toujours d actualité tout comme le seront toujours les questions qu elle pose La fin justifie t elle les moyens Jusqu où peut on aller trop loin Qu est ce qui vaut le coup ou pas Il y a d ailleurs dans la nouvelle deux passages qui ont déterminés à eux tous seuls mon désir de faire ce film Le premier concerne le moment où Kohlhaas désormais capable de prendre le pouvoir par la force et d obtenir ainsi la justice qu on lui avait refusé auparavant se voir proposer de l obtenir normalement Et là il accepte Sa folie consiste dans le fait d accepter parce qu il est pur et rigoureux C est un truc de dingue un homme qui pourrait avoir le pouvoir sans difficulté et qui y renonce par honnêteté et par droiture Ça n occupe qu une seule ligne dans la nouvelle de Kleist et c est pourtant cette simple ligne qui a fait que je n ai jamais oublié cette histoire Et le deuxième moment c est la fin d un côté le cœur de Kohlhaas se gonfle de joie parce qu on lui a rendu ce qu on lui avait pris il a donc obtenu justice et vaincu les nobles et d un autre côté il va tout perdre de sa famille jusqu à sa propre vie Ce déchirement entre la victoire et la défaite m a bouleversé je voulais mettre en scène cette joie et cette tristesse et je trouve que Mads a fait ça magnifiquement Le choix de Mads Mikkelsen pour le rôle principal découlait il de la coproduction ou s agissait il pour vous d une évidence dès le départ AdP Non ça n a rien à voir avec la coproduction Si cela avait été le cas on m aurait dit de prendre un acteur allemand Au départ j ai cherché auprès des acteurs français quelqu un d idéal pour incarner ce personnage et je ne l ai pas trouvé J avais dit à ma directrice de casting que je cherchais un acteur avec cette flamboyance un peu sèche protestante quelque part entre le Jacques Dutronc du Van Gogh de Pialat et le Clint Eastwood d il y a trente ans Or en France on n a trouvé personne qui correspondait à la fois père de famille homme ordinaire et guerrier charismatique La nouvelle de Kleist commençait par une description morale du personnage et ça je ne peux pas l écrire puis le montrer Il fallait donc que la prestance de ce personnage puisse être limpide pour le spectateur dès l instant où il apparait à l écran que l acteur puisse porter dans son regard quelque chose de cette incroyable droiture morale Et un jour ma directrice de casting m a montré une photo de cet acteur danois que je ne connaissais pas Je rappelle qu à l époque Valhalla Rising n était pas encore sorti et comme je n étais pas très fan de James Bond je ne l avais pas vu dans Casino Royale J ai donc regardé l ensemble des films dans lesquels Mads avait tourné et j ai vu à quel point il avait une très large palette Mon premier réflexe a été de me demander s il n avait pas trop une gueule de série B si cette allure allait trancher avec la complexité du personnage que je souhaitais révéler Mais je dirais qu entre le premier Pusher de Nicolas Winding Refn et After the wedding de Susanne Bier j avais pu voir les deux extrêmes de son jeu d acteur avec une sorte de folie furieuse d un côté et une vraie délicatesse de l autre Du coup je me suis dit qu il était très courageux très physique et lorsque je l ai rencontré je sentais quelqu un de très engagé dans son travail d acteur Il y avait deux grands défis pour lui d abord le fait de n être jamais monté à cheval il est pourtant supposé jouer un marchand de chevaux à la fois grand cavalier et capable de faire accoucher une jument et ensuite l idée de parler français Il restait un an avant de démarrer le tournage sans compter les autres films qu il s apprêtait à tourner et il m a confié qu il serait capable d y arriver pour le film Je lui ai fait confiance et le résultat de ce travail vous le voyez dans le film Vous avez réuni un casting très international Comment avez vous fait pour gérer tout ce casting et aussi pour gérer la barrière de la langue AdP Un casting international est un concept très intimidant mais dès que l on oublie que ces gens ont une nation et dès que tout le monde se met à travailler ensemble on est comme à l époque de la Renaissance il y a telle personne qui vient de tel

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  • [ENTRETIEN] Hany Abu-Assad (Omar)
    les seules images à la fois l engagement physique qui incombe sans cesse au personnage et le temps qui a passé Comment accouchez vous de telles idées de scènes Si vous prêtez bien attention au film vous remarquerez que presque chaque scène a son double Dès lors que le personnage revient sur un lieu que l on a déjà vu on s attend inconsciemment à ce que la même chose s y répète Or l issue de la scène est toujours radicalement différente Concernant les scènes du mur elles mettent en relief et en actes le passage d un temps d amour et d espoir à un temps où ces choses ont fané De même qu il va davantage vers le symbole que Paradise now dans sa structure narrative Omar est riche en tournants quasi mélodramatiques On vous sent attiré par plus de romanesque Oui et c est presque un développement naturel de la personne En vieillissant nos intérêts changent Je suis sûr que vous même il y a dix ans tout juste aimiez un type de films sensiblement différent de celui que vous préférez aujourd hui Par exemple j avais vu Le Parrain 3e partie 1990 très jeune et je l avais détesté Je l ai revu il y a deux ans et j étais ébahi c est si débordant de grands sentiments Je crois que c est ça en vieillissant on devient plus sentimental Ça se vérifie pour Coppola quand il a réalisé ce film là non rires Pour en revenir au thriller est ce un genre dont l efficacité vous permettrait de transmettre plus aisément un message au spectateur Dans Paradise now comme dans Omar bien sûr qu il y a du suspense Mais ce n est pas un suspense artificiel c est un suspense qui vient directement de l histoire de sa configuration même C est pourquoi j ai ressenti le besoin de revenir à une histoire palestinienne qui m est proche après mon expérience de réalisation aux Etats Unis Le film en question The Specialist 2011 est sorti en direct to DVD c est dire s il était décevant Ce qui ne fonctionnait pas c est que tout y était artificiel et que rien n y venait de la vraie vie L histoire d Omar celle d un jeune Palestinien capturé par les services secrets israéliens et contraint de devenir un traite c est un vraie histoire en ce sens qu elle arrive à des tas de gens Le thriller dramatique y est présent par essence dès le stade où vous résumer l histoire ainsi Vous conservez tout le long un unique point de vue de manière si obstinée que l on perçoit les actes les plus déterminants d Omar comme des décisions qui concernent davantage son intimité qu une cause politique Il est beaucoup question de vengeance personnelle dans le film Les actes du héros ne deviennent ils pas dès lors discutables Il est vrai que je ne montre pas vraiment le contexte politique

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  • [ENTRETIEN] Edgar Reitz | Courte-Focale.fr – Grand angle sur le Cinéma !
    filmer un cerisier chargé de fruits pour indiquer à quel mois de l année l on se trouve j ai besoin de la couleur pour restituer la joie qu ont les personnages de voir ces fruits Je ne supportais pas non plus de ne pas avoir de couleur pour le feu pour cet élément clé de la nature qui est à la base de toute la vie de la famille indispensable au métier de forgeron du père Aujourd hui nous avons les technologies numériques qui suppriment en quelque sorte l idée un peu rigide d un film en noir et blanc ou en couleur Pour les caméras numériques le noir et blanc n existe pas elles produisent des données qui codent notamment la couleur et avec lesquelles on peut faire beaucoup de choses Aujourd hui à moins de travailler avec de très vieilles caméras le noir et blanc est donc uniquement une affaire de post production Quand vous voyez un fer à cheval dans le film ce n est pas quelque chose qui a été retouché au contraire c est tout le reste de l image qui est recouvert d un masque en noir et blanc Je trouve extraordinaires les possibilités de création qu offre le numérique J avais essayé avec les précédentes sagas de jouer sur la couleur et le noir et blanc mais ça ne fonctionnait jamais comme je le voulais C était tout ou rien Vous jouez également beaucoup sur les flous de l image etc C est la première fois que je tourne un film en Scope et avec une caméra équipée d un objectif anamorphique lors du tournage celui ci comprime l image dans sa largeur avec un rapport de 2 Lors de la projection du film en salle un objectif anamorphique est utilisé sur le projecteur rétablissant ainsi les justes proportions de l image ndlr Cet objectif me permet de faire de gros plans et en même temps d avoir à l écran ce qui entoure la personne une pièce entière une rue entière etc Avec mon chef opérateur Gernot Roll on tenait également à ce que cette largeur du cadre serve aussi à restituer une grande profondeur de champ Avant de lancer le tournage on a travaillé deux ans ensemble on a fait énormément de recherches et d essais concernant ces objectifs et ce travail de post production Vous êtes parvenu à être à la fois grand portraitiste et grand paysagiste Je me dis toujours que pour comprendre un personnage si vous avez un lieu et un temps qui le caractérise vous savez déjà beaucoup de lui Ici la relation des personnages aux paysages est déterminante Jan Dieter Schneider qui incarne Jakob débute au cinéma Comment l avez vous dirigé pour un rôle si expressif si physique Nous avons cherché pendant plus de six mois un interprète pour le rôle sur Internet dans les lycées etc Nous avons étudié plus de quatre vingts candidatures mes assistants ont fait des pré sélections pour arriver à cinquante candidats et me faire faire des essais avec une douzaine de jeunes Après tout cela je n avais toujours pas trouvé de Jakob Ce qu il leur manquait à tous c était la Sehnsucht rires J avais toujours le sentiment qu ils cherchaient davantage la simple satisfaction de décrocher un rôle que le fait d incarner un personnage Jan Dieter Schneider n était passé que pour auditionner pour de la figuration J ai demandé à l un de mes assistants qui était en train de visionner sa courte audition sur vidéo qui était ce jeune homme Il m a répondu C est un étudiant en médecine Pour moi c était Jakob Il y a des moments dans le film où le ralentissement des mouvements de caméra et un certain statisme des personnages donnent l impression d être face à des tableaux composés avec une extrême précision Ce n est pas l objectif mais je crois que cette lenteur était quelque chose qui était propre à cette époque Les vêtements à eux seuls définissaient des mouvements différents de ceux qui sont aujourd hui les nôtres C était l un des challenges du tournage poser les jeunes acteurs d aujourd hui dans un rythme qui n est pas le leur J ai dit aux acteurs que tout ce qu ils toucheraient tout ce qu ils porteraient sur eux avait une histoire et qu il fallait connaître cette histoire J ai alors pris chaque acteur à part pour inventer une histoire pour son pantalon sa chemise ou tel objet qu il transporte Si l on donne aux acteurs un costume en se contentant de le leur présenter comme historiquement véridique et sans y attacher une valeur affective rien ne se produit La méthode a plu et en est venue à un stade où un des acteurs est venu me voir pour me demander l histoire de son caleçon rires Il faut dire que les sous vêtements non plus n étaient pas ceux personnels des acteurs ils étaient aussi des costumes Je pense que cet exemple des vêtements exemplifie bien cette idée de milliers d histoires dont on se dit face au film qu elles resteraient à raconter La caméra après tout ne fait pas de différence entre les êtres et les objets elle offre son attention à tout de la même manière Je pense que c est le secret de la beauté quand on connaît les histoires des objets on saisit leur importance leur beauté Vous éludez beaucoup de passages violents conflits violents suicide ou grosses disputes verbales pour filmer plutôt la mort dans ce qu elle peut avoir de plus banal Comme si vous refusiez en permanence une dramaturgie abrupte pour opter pour une émotion plus silencieuse J appelle cela la narration épique C est une autre manière de voir le monde Ecrire un drame c est faire s accroître les conflits jusqu à leur éclat La dramaturgie du drame en est une de la fin elle vise systématiquement une

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  • [ENTRETIEN] Bertrand Tavernier | Courte-Focale.fr – Grand angle sur le Cinéma !
    de celle de Blain et Lanzac et de la vôtre propre qui ont dû se mêler d une certaine manière pour Quai d Orsay Je parlais de la langue d Audiard pour ses films les plus réussis qui sont souvent ceux qu il a lui même scénarisés ces deux là de Verneuil Garde à Vue 1981 et Mortelle Randonnée 1983 de Miller etc Dans ces cas là le dialogue devient réellement la langue des personnages correspond aux situations qu ils vivent et à comment ils les vivent C est Belmondo qui finit par avoir sa langue Gabin la sienne et par exemple Suzanne Flon encore la sienne il revient ici sur Un Singe en Hiver montré en ouverture du Festival Lumière en présence de Jean Paul Belmondo ndlr on oublie que c est la langue d Audiard En revanche Audiard était quelqu un d assez fainéant alors il était aussi preneur d une trame déjà écrite et à laquelle on lui demandait d ajouter quelques bons mots par ci par là Mélodie en Sous sol de Verneuil 1963 il y a 14 répliques d Audiard en tout et pour tout Le bon mot c est tentant mais ça vous sort du film Sur Quai d Orsay ce qui m intéressait c était plutôt un rythme celui effréné de Taillard de Vorms et celui complètement différent de son Directeur de Cabinet Maupas Pour le Ministre dès que j ai rencontré Thierry Lhermitte ndlr j ai su tout de suite que ça fonctionnerait Mais surtout j ai été impressionné par les premières lectures avec Niels Arestrup il a réussi à trouver immédiatement cette impression que son personnage devait donner d agir comme un rouleau compresseur qui aplatirait le moindre stress dans le Cabinet Avez vous discuté avec les auteurs de la BD de certains éléments de l album d origine qui ne fonctionneraient pas à l écran Bien sûr Il y a par exemple ces flashs mentaux qu avaient les personnages dans la BD et que l on n a pas gardés Si à l écran vous montrez que dans telle situation tel personnage pense à tel moment à Dark Vador ou à un autre personnage décalé par rapport à l histoire racontée vous faites de l illustration et je trouve que ça surligne l idée Pour moi ça devient très sommaire vous imposez une vision qui ne sera pas la vision de tous les spectateurs Contrairement aux auteurs de la BD moi j ai des acteurs alors je préfère dans ces moments de suspens rester sur le visage de l acteur C est lui qui va me donner ce qu il éprouve Les flashs mentaux c est très joli dans la bande dessinée mais au cinéma ça peut paraître lourdement explicatif On connaît votre cinéphilie et on s est dit en voyant le film que vous aviez dû être sensible au travail d un scénariste comme Aaron Sorkin Aaron Sorkin est un formidable scénariste qui réussit à nous faire réellement pénétrer

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  • [INTERVIEW] Guillaume Gallienne
    personnage C est pour ça que quand j étais môme je jouais l archiduchesse dans Sissi car elle me faisait profondément penser à ma mère Pour moi ces femmes d autorité et de devoir corsetées dans une tenue une retenue m ont toujours bouleversé j ai toujours trouvé ça extrêmement attendrissant Et j ai toujours regardé ces femmes presque comme des victimes de ce devoir de tenir Et en même temps j ai toujours été fasciné par leur autorité et leur classe La naissance de l acteur est racontée c est pour ça que j ai joué ma mère D ailleurs je l ai joué sans travail et on oublie même que c est moi D abord il y a l effort de travestissement mais on comprend aussi que je me suis perdu moi même que je me suis oublié là dedans puisque même le spectateur se fait avoir Donc c est la manière la plus subtile que j ai trouvée de finalement rendre compte de toutes ces nuances J adore les nuances j aime ça Ce n est pas pour rien que ma femme est coloriste rires Justement l exemple de votre mère permet de différencier le théâtre où vous êtes instantanément Guillaume et votre mère sans changement de costume du cinéma où vous pouvez vous dédoubler grâce aux effets spéciaux Est ce que c est ce type d options que seul le cinéma permet qui vous a poussé à adapter votre pièce La convention théâtrale fait qu on accepte absolument tout Tout passage d un personnage à un autre À la différence d un acteur comme Philippe Caubère par exemple qui lui peut vraiment tout jouer du vent au téléphone rires moi je me suis intéressé à l économie du signe Cela peut passer par un basculement du bassin ou par une légère attitude qui me permet d être quelqu un d autre J aime que le spectateur goûte à ce léger virage Mais au cinéma on peut difficilement se permettre cette convention là Car il faut très bien traiter l image On ne peut pas tricher avec l image on ne peut pas lui faire faire n importe quoi C est dû cadre qui vient de la peinture Donc pour le film je me suis amusé à travailler des choses du réel c est pour ça que je me démaquille dès l entrée pour donner un côté vif ensuite on passe à la fiction avec la façon dont je filme la maison On est dans la grande bourgeoisie il y a un côté très théâtral aussi avec le cadre fixe un décorum et un jeu théâtral mais qui s épurent et se simplifient au fur et à mesure Finalement à la fin la réalité et le théâtre se rejoignent De même que j ai travaillé sur une horizontalité au début tout le monde est assis allongé il y a aussi une horizontalité dans le décor Les personnages se lèvent ensuite pour être dans une vraie verticalité On

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  • [INTERVIEW] James Gray
    normal Mes films y ont toujours été accueilli de manière mitigée si ce n est hostile Je ne pense pas que ce qui me plaise artistiquement corresponde beaucoup au goût qui s est imposé comme dominant à Cannes ces dernières années Si cela ne tenait qu à moi je me contenterais de sortir mes films sans passer en festival mais les distributeurs de mes films considèrent qu aller à Cannes vaut le coup ou est même nécessaire donc je le fais pour eux C est donc pour Wild Bunch que j y suis allé cette année après avoir effectivement exprimé le souhait de ne plus y retourner après Two Lovers Le plus étrange pour moi c est de voir la presse américaine m appeler le chouchou de Cannes avec une connotation assez narquoise pour les raisons que je viens d évoquer j ai tendance à trouver ça juste ridicule Pour revenir à votre film en lui même il marque une triple évolution par rapport à vos précédents opus vous passez donc pleinement dans le film d époque une femme est pour la première fois au premier plan et vous semblez assumer plus que jamais une dimension mélodramatique Je crois que le personnage central féminin est lié à cette obsession de l opéra que j évoquais J en étais arrivé à un point où je m étais lassé des attitudes typiquement masculines Nous sommes des idiots vous savez Les hommes sont des idiots La plupart des hommes que je connais ont peur de dévoiler leurs émotions Opter pour un personnage de femme me permettait donc de révéler mes propres émotions profondes sans avoir à prendre en compte comme auparavant une dimension macho de mes personnages masculins qui me bloquait toujours un peu dans ce processus de révélation Cet obstacle là qu ont la plupart des hommes étaient en soi un des vrais sujets de mes précédents films et s intègre à mes yeux dans ce mur d ironie dont je disais vouloir me débarrasser à l écriture Pour ce qui est de la dimension historique je pense d abord que nous tourner vers le passé peut permettre d éclairer le présent Ensuite je me sens assez vieille école dans mon goût pour le récit classique et l exploitation de toutes ses potentialités Du moins j ai été classé vieille école Je me demande même si cette tendance à me faire taxer de vieillot ne m a pas encouragé inconsciemment à aller au bout de la chose en me tournant vers un film plus historique Je sentais par ailleurs que cela me permettrait de déplacer ma focalisation du texte au sous texte Vous savez je ne veux pas cracher sur toute la production contemporaine loin de là mais un des problèmes que me posent de nombreux films récents même dits d art et d essai c est que je n y trouve aucun sous texte Je commence à regarder et en quelques minutes je saisis entièrement de quoi il s agit C est beaucoup trop tôt Comme vous l avez fait dans vos précédents films vous essayez dans The Immigrant d accéder à ce que vous appelez une plus grande vérité a greater truth en mêlant réalisme et éléments poétiques Ici cela passe même par de petites touches de fantastiques puisque le personnage d Orlando Jeremy Renner est prestidigitateur Comment est ce que cette démarche de stylisation s est accordée avec le passage à un film d époque Vous connaissez le livre Sur la Photographie de Susan Sontag essayiste américaine 1933 2004 dont cet opus est paru en 1977 ndlr C est un superbe essai qui explique notamment comment une image fixe peut renfermer une sorte d héritage une mélancolie du moment où elle a été captée Je pense qu une partie du pouvoir qu a le drame historique en tant que genre est lié à cela cette mélancolie cette idée d un passé auquel on ne peut revenir La nostalgie est quelque chose de parfois dangereux et de souvent déplacé le bon vieux temps était souvent terrible en réalité Ce que j ai essayé de faire avec ce film c est d appliquer une couche de poésie sur le socle d une histoire qui était déjà brutale Je me refusais à en fétichiser la laideur D une certaine manière je ne peux répondre à votre question qu en disant que je recherchais une certaine transcendance nécessaire à ce film J essaye de penser à une analogie que je pourrais trouver avec un autre film ou une autre oeuvre d art et qui pourrait faire sens il réfléchit Je pense que Kurosawa était capable de ça amener sur un socle de réalisme parfois cru un niveau de sens qui soit autre qui se confronte à l insaisissable à l indicible à tout ce qui est au delà de notre compréhension claire et consciente Vous savez je ne suis pas religieux mais je crois en un Dieu du cinéma un Dieu des arts rires Mais bref Je parle de tout ça et en même temps ce n est que du baratin L essentiel ce que j essaye toujours de capter en ajoutant une stylisation ou une poétique à mes films c est ce qui concerne un cinéaste comme n importe qui d autre c est le fait que l homme soit confronté à la mort tout simplement Pour moi c est le centre de l art Il y a cette chose qui rôde là dehors et nous faisons tous un travail remarquable sur nous mêmes pour l oublier Le plus beau des arts est celui qui parvient à conjurer ou à donner l impression de conjurer cette chose mystérieuse qui nous cherche Donc je pense que la poétique dont vous parlez les dimensions historiques ou fantastiques qu elle peut prendre chez moi c est ma tentative à moi de tout concentrer sur cette donnée fondamentale et de livrer quelque chose qui soit fort sur le plan émotionnel Je n ai pas répondu à

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