archive-fr.com » FR » M » MUSANOSTRA.FR

Total: 733

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".
  • Les hommes pluie Pierre Lieutaud
    Himalaya couler vers les plaines courir dans les champs les rizières les blés courir encore jusqu aux rivières dont nous élargirons les lits jusqu à l océan aux eaux salées qui sont nos ennemis les plus cruels imprévisibles J ai réfléchi Nous allons nous laisser porter par les nuages nous deviendrons eau de pluie nous regarderons le monde et nous nous laisserons tomber où nous voudrons Alors un matin nous nous étions glissés dans un cortège de nuages Et maintenant en éclaboussures en rideaux d eau glacée en traînes que le vent faisait onduler nous tombions sur le sol les routes les villes les prairies et les lacs Kyoto le Pavillon d or sous la pluie Mes enfants mes amis mes frères dit le Roi la pluie a recouvert la terre nous dévalons les pentes recouvrons les chemins nous entrons dans les maisons la nature se tait nous régnons sur le monde La vie attend le retour de ce que les hommes appellent le beau temps Voilà qu au loin je vois se lever le soleil Méfions nous sa chaleur nous détruit notre corps devient vapeur la terre se réchauffe et ce qui nous a fait sortir des glaciers nous fera disparaître un jour J étais chargé de trouver une solution Tout cela tournait dans ma tête Devenir vapeur me diluer dans l air disparaître a tout jamais transformé en sève en humidité en mousse J ai parcouru les terres glissé sur les dalles rocheuses traversé les forêts Rien Je sentais la chaleur du soleil je me recroquevillais je cherchais l ombre j attendais la nuit Tous les jours mon corps se fripait au dessus de moi montait une vapeur Je m en allais en brume en bruine en rien du tout Grand canyon du Colorado C est une sacrée entaille dans la terre Et tout au fond mêlé aux eaux boueuses venues des plaines d argile je dévale la pente Jusqu où irais je Je cogne les falaises je tourne comme une toupie dans les tourbillons mon corps souple et malléable emporté par les remous saute de vague en vague J ai peur qu arrive une cascade qui me transformerait en un bouquet de bulles Vite il faut que je me sorte de ce traquenard Et alors dit le roi il trouva la solution A la sortie d un défilé où la rivière accélérait son cours où les branches et les rochers arrachés aux falaises s intriquaient et faisaient monter le niveau de la rivière il aperçut au raz des flots l ouverture d une caverne où il entra C est là que nous sommes aujourd hui au bord de cet immense lac souterrain que nul ne connaît a l abri des voûtes de pierre comme nous l étions sous les voûtes de glace sauvés du soleil de la disparition Et nos frères se sont réfugiés dans les autres lacs souterrains qui parsèment la terre La terre se réchauffe tout est sec et meurt Attendons mes enfants mes amis

    Original URL path: http://musanostra.fr/Les%20hommes%20pluie%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive


  • Un jour apres Pierre Lieutaud
    distant étranger à sa vie L aéroport s est vidé une seule auto stationne sur le parking la mienne la sienne le panneau d information indique l heure du premier avion demain matin les stands s éteignent et le jour et les fleurs et les nuages là bas la rivière se glisse dans l ombre de ses berges John m attend assis devant la maison en haut de la route Il est arrivé un matin et il est resté Sans lui les cultures n auraient pas cette couleur vert sombre cet aspect de bosquets bien taillés John suit les machines et ramasse les branches arrachées il taille les arbres et ratisse les allées de passage entre les alignements des cultures Il ne dit rien il sait Il me regarde Viens John me conduit dans sa chambre il allume l ampoule avec la poire de céramique blanche Une poupée flotte dans l eau claire d une bassine Il faut prendre des aiguilles et traverser le tissu pour qu elle revienne et n aie pas peur tu ne la piques pas c est une poupée Longues aiguilles des tricots de mes grands mères traversez son corps et faites la revenir Je n aurais jamais pensé qu un jour je ferai des choses pareilles avec des aiguilles rouillées qui ont tricoté tant de cache nez de tricots et de pulls John Je suis devenu fou Je suis devenu fou mais je crois ce que dit John La poupée est percée de toutes parts de petits bouquets de peluche sortent des trous Du sang caillé et blanc comme du lait John me regarde La poupée nage dans l eau laiteuse les aiguilles fichées dans son buste lui donnent un air de baleine harponnée qui meurt en flottant sur la mer Continue me dit John

    Original URL path: http://musanostra.fr/Un%20jour%20encore%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Tempete electrique Pierre lieutaud.
    La nuit était peuplée de décharges électriques et d éclairs artificiels Paul ne supportait plus cette situation Jusqu où irait cette surveillance ces interdictions de sortir de circuler dans les rues de voir le ciel de respirer Un cloporte voilà ce qu il devenait Il pensa au cafard de la métamorphose de Kafka En ce moment le pouvoir devait faire face a l angoisse qui étreignait tous les hommes et les rendait capables de réactions imprévisibles et inattendues Ses mécanismes ses automatismes ses dispositifs de surveillance avaient ils des limites des failles où il pourrait se glisser Il verrait bien Il se mit a courir de plus en plus vite d une pièce à l autre en criant des mots incompréhensibles Les cameras il le savait débitaient à grande vitesse les clichés kaléidoscopiques de sa course et les moniteurs son interrogeaient leurs mémoires Des émissions douces apparaissaient maintenant sur les écrans il continuait à courir de plus en plus vite en hurlant Tous ses gestes étaient suivis par les capteurs de déplacements et envoyaient en retour les émissions les plus adaptées à son cas Les images TV se faisaient de plus en plus lentes et bucoliques à mesure qu il accélérait sa course folle les listes d aides se mirent a clignoter de plus en plus vite et dans le silence de sa chambre monta le son du Danube bleu Il courrait toujours Son cas devenait si grave si étranger aux normes établies que des réflexions au plus haut niveau informatique devaient se tenir dans les lieux de pouvoir Il en était sûr Et lui il courrait comme un beau diable en regardant les écrans et en écoutant le Danube bleu pendant que dehors la pluie électrique redoublait de violence la ville ruisselait d images et de sons qui se

    Original URL path: http://musanostra.fr/Tempete%20electrique%20Pierre%20lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Mhyrbion Pierre Lieutaud
    de montagnes recouvertes de petites fleurs ont glissé dans le lagon glacé de la mer centrale E 29 38 74 a fini par s effondrer sur lui même Un nouveau message grésille dans les haut parleurs des boyaux Partez c est la fin de ce monde Chacun de vous sera comme une province un état dans l état une principauté minuscule fédéré à l univers et lui obéissant Le Conseil a décidé le sauve qui peut balayant notre monde comme une poussière d étoiles Nous voilà seuls au monde protégés par personne mais devant obéir et faire allégeance si un espoir de survie nous revient Nous rampons tous à la queue leu leu dans les canaux de sève qui s affaissent sous les coquilles d écorce tendre Esdelmorick dit que nous avons une mission cachée Certains de nous se demandent qui est vraiment Esdelmorick Le chef du monde entier Un mercenaire des gens d en haut Ou bien un pauvre type comme nous qui invente un avenir à notre désespoir Quoiqu il en soit de ce méli mélo indescriptible et de ces heures dramatiques nous avons fini par obéir aux ordres de n être plus rien du tout et de nous en aller ailleurs En longue file par les milliers de petits trous percés dans l écorce des arbres notre monde des boyaux s est vidé et s est retrouvé sur le sol glacé autour du grand navire où nous sommes montés Esdelmorick a fermé les écoutilles et c est comme un nouveau terrier qui a quitté E 29 38 74 Hiver 3530 Le vaisseau s approche lentement d un vallon bleuté Plus loin le vent pousse vers les collines des bancs de brume mauves Au fond du ciel les satellites de Mhyrbion défilent en cadence enroulant des rubans diaphanes des corpuscules des amoncellements de billes éclairées de l intérieur des alignements de pyramides contorsionnées des serpents noirs aux reflets grisâtres des cubes écrasés des brisures jaunes C est la fin de notre voyage le grand silence au milieu des lueurs le début d un nouveau monde Quelques temps auparavant je ne devrais pas employer le mot temps qui n exprime plus rien dans le monde où nous arrivons nous avions quitté notre planète certains se demandent s il s agissait d une planète ou bien d un morceau de rocher allongé et pointu seul au monde ou relié à lui et au reste de l univers par des mers des presqu îles des lagunes et des prairies sur lequel nous aurions pu cheminer sans rencontrer de limites et peut être disent ils à voix basse retourner où nous étions partis et Esdelmorick avait mis le cap sur Mhyrbion Le monde de Mhyrbion n est fait que de points Si petits qu ils n ont ni début ni fin chacun chargé de vies multiples si brèves qu elles tiennent tout entières dans les limites d un point Finies les vieilles théories électromagnétiques qui expliquent la marche du monde L assemblage

    Original URL path: http://musanostra.fr/Mhyrbion%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Il faut beaucoup aimer les hommes Marie Darrieussecq P O L par Benedicte Savelli
    bitume Silence odeur de foins coupés d urine de fuel alignement d autos et de caravanes apeurées serrées l une contre l autre Crissement du gravier le cuir de mes chaussures grince comme un vieux portail je vais je viens en silence autour des autos des caravanes le long de la haie de peupliers entre les panneaux publicitaires qui clignotent dentifrice apéritif lessives dentifrice apéritif lessives Je suis prisonnier du bord de route Derrière les peupliers une clôture grillagée monte monte monte dans le ciel et la nuit Aire de repos on ne s enfuit pas on ne verra pas les gens du bord des routes des campagnes endormies les filles fraîches et blanches qui rêvent dans les lits de grand mères au fond des fermes perdues les enfants d écoles buissonnières remontant les berges des ruisseaux les places ensoleillées des villages allongés au bord des chemins creux Aire de repos il faut sortir à la prochaine bretelle plus loin pour pouvoir revenir Péage Qui retournerait sur ses pas pour voir un si petit village Péage On ne s arrête pas on va du point de départ à celui d arrivée vite vite très vite comme l obligent les grandes courbes la signalisation les bas côtés de gazon et le désert monotone de l autoroute à travers champs Je m approche lentement de la haie j écarte les branches des peupliers je me glisse entre les troncs devant la clôture j écoute je regarde la nuit des gens de l autre bord Au fond des prés au dessus des buissons le toit des maisons dessine une ombre arrondie un clocher monte dans le ciel des troupeaux marchent lentement entre les hautes herbes au son des clochettes une lumière s allume et dessine l encadrement d une fenêtre puis d une

    Original URL path: http://musanostra.fr/Parking%20de%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Proclamation du diable Pierre Lieutaud
    plus de méchants un paradis mais plus d enfer Un gouffre s ouvre devant nous mes frères Ecoutez ce qu il nous dit Moi Le Diable prince des Ténèbres conscient de mes prérogatives et devoirs envers l humanité après avoir observé scrupuleusement le monde après avoir pris connaissance des tenants et des aboutissants des tenons et des mortaises des arcs boutant et des clés de voûtes du silence de la mer du ballet des étoiles des bruits des hommes de toutes sortes battements de cœurs soupirs d amours ou de regrets craquements de rhumatismes souffles courts des vieillards bruissements des cours de récréation claquements des talons sur les pavés des rues piétinements des jeux de marelles crissements de cerceaux sur le gravier des chemins gémissements des torturés chants des chorales monologues suppliques après avoir pris connaissance aussi des bruits du monde grincements des potences et des huisseries chants des oiseaux cris des mouettes ruissellements des rideaux de pluie crépitements des tisons dans les âtres froissements des dentelles parfumées de lavande cognements des cercueils SECRETARIAT CURIE DOC 115587 CONFIDENTIEL NE PAS DIVULGER claquements des pupitres hurlements d animaux égarés au fond des vallées après m être posé mille questions sans y trouver nulle réponse avoir caressé le ventre herbeux des vieilles citadelles arraché les mats de cocagne joué des notes sans fin sur les dentelles de pierre déployé sous mes yeux les bannières de toile pour y lire le nom de ceux qui se battaient Moi incapable de trouver dans le brouhaha des hommes le pourquoi du comment le fil de leur destinée la route qu ils cherchent le chemin qu ils suivent décide de ne point les punir car de quoi ne saurais ou trop seraient les causes de renoncer au rôle qui est le mien de m en aller

    Original URL path: http://musanostra.fr/Proclamation%20du%20diable%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Cordoue de Pierre Lieutaud
    fontaines luisaient de la blancheur du ciel où le silence était si grand et le monde si doux que tu as cherché partout à retrouver Cordoue La ville de son enfance s étendait à ses pieds il reconnaissait les minarets les palais les jardins entourés de fines murailles les grands arbres inclinés au vent du fleuve il écoutait son souffle lent et profond il respirait l odeur des herbes mouillées de la menthe sauvage et des jasmins Des fumées montaient au ciel du soir il apercevait des troupes en rangs serrés au bord de sa rivière J écris je dois figer l instant le temps Notre général attend Il réfléchit La nuit tombe Al Malik entendit un bruit de cristal éclaté sur un sol inconnu il se retourna Les janissaires les cavaliers les fantassins aux longs cimeterres et les arquebusiers mercenaires attendaient Le général me regarde il me voit écrire il me parle Toi le poète toi qui est chargé de transcrire les exploits de nos armées qui sais que s endort à nos pieds la ville de mon enfance que je dois la détruire que ferais tu à ma place Je dois obéir Qu Allah me vienne en aide Regardez la tristesse de ses yeux A Bagdad notre Maître attend ta victoire Les messagers sont déjà postés tout au long de la route pour qu il l apprenne au plus tôt Un échec te condamnerait et une victoire fera de toi son successeur Il savait tout ça il le savait depuis le départ il le savait depuis toujours C est une solution que je te demande Je lui parle a voix basse les mots me viennent il m écoute ses yeux se ferment presque il rêve il se berce Il existe dans tes rêves une Cordoue où chantent les

    Original URL path: http://musanostra.fr/Cordoue%20de%20Pierre%20Lieutaud.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive

  • Terre de transit Pierre LIEUTAUD
    un tas de plumes sa panoplie d oiseau déchirée et sa caution perdue Tout travesti qu il était il ne pouvait rien faire d autre que de déambuler dans les rues Alors il jouait le matamore il se faisait passer pour un vieux sage oiseau ou poisson pour expliquer son comportement au ras du sol La terre était alors un simple lieu de passage A longueur d années des foules de plus en plus nombreuses sortaient des vagues et des bosquets s envolaient rasaient la cime des arbres et les crêtes plongeaient caquetaient jacassaient se prélassaient au soleil et tous ces gens qui sortaient de l eau pour regagner l air qui retournaient dans la mer après une ballade en montagne bénéficiaient du statut spécial et très favorable des personnes en transit des apatrides inoffensifs qui ne dérangeaient personne Les hommes ne vivaient plus que du commerce avec les visiteurs Ils avaient abandonné leurs jardins leurs troupeaux laissé l herbe folle envahir les sources Au bord des rues dans la poussière sur de longs étalages s alignaient les souvenirs à emporter de petits arbres dans des pots de céramique pour agrémenter les grottes sous marines des poissons des débris végétaux de toutes les sortes de plantes du pays dans de petits sachets transparents pour que les oiseaux fassent des nids à l odeur nostalgique de la terre des vacances des banderoles lumineuses pour les grands fonds avec écrit dessus Souvenir d un week end sur la terre des petites tasses à café peintes d un lacis marron et vert imitant l osier tressé et servant aux oiseaux de nids de dépannage ou de résidence secondaire Peu à peu les vols à l étalage se multiplièrent et la suspicion succéda à l admiration des gens venus d ailleurs On ne comptait plus les familles entières qui plongeaient dans les flots ou s envolaient à tire d aile avec des souvenirs dérobés sur les étalages figurines vernissées corbeilles de petites fleurs des montagnes tasses a café ornées d aigles de mouflons scènes campagnardes ou de danses villageoises Au point que les hommes inventèrent un système désagréable mais qui devint obligatoire l identification de chaque visiteur par le prélèvement d une petite plume tout au bout de l aile ou d une écaille sur le dos Ils les collaient entre les pages d un registre comme des trèfles à quatre feuilles et quand le visiteur douteux revenait ils les examinaient à la loupe en les comparant à une autre plume ou écaille qu ils prélevaient a nouveau Le trop grand nombre de ces gens leurs défauts qui semblaient d autant plus grands que par l angélisme habituel envers ceux qui viennent d ailleurs on les en avait cru dépourvus perturbaient la terre et empêchaient les hommes d organiser un monde à eux Aucun pays véritable n est jamais sorti d un simple lieu de passage déclaraient les associations d hommes de la terre Debout proclamaient elles C en est trop ne laissons plus

    Original URL path: http://musanostra.fr/Terre%20de%20transit%20Pierre%20LIEUTAUD.html (2015-12-30)
    Open archived version from archive