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  • Session budgétaire et amour fou de Pierre Lieutaud
    gras et dodus mes chers collègues poussent devant eux des vers minuscules presque desséchés faisant peine a voir se retournant sans cesse pour chercher une approbation comme un sourire dans leur regard Ils sont voraces et insidieux et je vous le dis en vérité on ne peut pas continuer ainsi Dans ses yeux il y a comme un regret une nostalgie Il continue glisse la main sur des graphiques multicolores Ces vers creusent des trous de plus en plus profonds dans la chair vive du pays Il s arrête quelques secondes il avale un autre verre d eau La région ne tient plus qu artificiellement par son aspect extérieur par sa peau son enveloppe budgétaire Elle ressemble a une pomme fripée où les vents mauvais pénètrent tous les jours un peu plus par les petits trous que les vers ont creusé sur sa surface Ces histoires de vers ça donne la nausée Le poids de la région se réduit tous les jours un peu plus Elle ne pèse presque plus rien dans la richesse nationale Il proclame d un seul trait sans reprendre son souffle Une bulle d air voilà ce que nous sommes une bulle d air qu une révolution n importe laquelle emportera qu un souffle de vent un peu plus fort fera valser dans les nuages Sur les bancs de l assemblée c est le silence Il a coulé des caisses officielles des torrents de billets au débit plus grand que les sources les plus vives et la population a pris l habitude de boire et d assécher ces cascades Le Président continue Allons messieurs finissons en Pour la dernière fois je vais vous accorder l argent que vous voulez J insiste c est la dernière fois et vous préciserez à mes services l utilisation que vous en ferez Chaque élu devait écrire en face des rubriques alignées comme une liste de commissions la somme qu il attribue à ce qui est permis réfection de l église et des bordures des rues taille des ormeaux entretien des pelouses des cabines téléphoniques des arrêts d autobus subventions pour les eaux usées l eau potable les patronages les repas des vieux les fontaines les jets d eau les vasques de fleurs les gargouilles de pierre tendre aides aux confréries aux équipes sportives aux voyages d éveil pour les petites classes aux clubs du troisième âge Tout est prévu et répertorié Il appelle ça la rigueur budgétaire Voilà messieurs ce que j avais 0 dire la séance est levée Il aurait bien bu un dernier verre d eau mais la carafe était vide Les élus quittaient la salle en file indienne penauds et songeurs Et lui le président pensa a Marie iL ne vivait que pour elle Il lui parlait de l étendue de ses soucis de la profondeur de sa solitude de l intelligence de son action du bien fondé de ses projets Elle l écoutait pleurer elle caressait ses cheveux et il s endormait apaisé Il pensa a

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  • La lettre aux oiseaux de Pierre Lieutaud
    était pris au jeu du changement des mondes Il avait étudié jour après jour nuit après nuit les dossiers les plans les relevés les lignes isobares isothermes isophores et isophones il avait consulté des experts d hydrographie de géologie d aquaculture d agriculture de sylviculture d ethnologie d ethnographie de biologie animale végétale marine quelquefois même de biologie humaine Gaston avait appris par cœur les dessins de plantes des montagnes en voie de disparition les croquis cotés des basiliques perdues dans les campagnes les débits des rivières les étiages des torrents le nombre exact des millions de mètres cubes stockés dans les barrages de montagne après la fonte des neiges Il s était fait rapporter les voies de transhumance des troupeaux le régime des vents la pluviométrie la nébulosité les tours d arrosage des jardins de villages il avait écouté les vieilles qui parlaient des malédictions et des sorts goutté l eau de toutes les sources et la glace fondue des névés et cherché a comprendre les messages éternels gravés sur les longues pierres fichés dans les jardins que les lianes et les ronces avaient recouverts Et tout cela en vain Maria lui riait au nez les fonctionnaires se désintéressaient de ses projets et il avait mis le monde a l envers avec ses plans de nouveau monde Où qu il se tourne l image raide et compassée d un grand serviteur de l état se reflétait dans les regards absents de ses administrés Cette île était un cauchemar Il avait beau se dresser sur les talons espagnols de ses chaussures vernies étirer son cou presque a l arracher de son buste empesé et envoyer en arrière ses épaules fatiguées il se tassait un peu plus chaque jour sous le poids des contrariétés déposées sur son habit officiel Elles faisaient de lui un mille feuilles de circulaires inutiles de mises en demeures d arrêtés de déclarations intérêt public d additifs aux décrets qui appliquent les lois de dérogations de subrogations dont personne ne tenait compte Gaston Bricot a perdu la raison Chaque fois qu il regarde par la fenêtre il voit passer des oies sauvages des oiseaux venus d Afrique qui tracent leur route dans le ciel sans se préoccuper de sa pauvre personne de ses problèmes et de ses amours Il parle tout seul a haute voix et les murs de ses bureaux lui répondent avec sa propre voix qui semble celle d un autre et a qui il obéit scrupuleusement Gaston voudrait que le temps s arrête un peu pour qu il puisse faire face a ce pays et a ses problèmes Les oiseaux savent mieux que personne arrêter les matins Ils retardent leurs chants pour que le soleil reste plongé dans la mer ils font des trilles avant l aurore pour qu elle ne vienne pas et puis d un seul coup d aile ils passent d un matin a l autre comme s ils venaient du fin fond de la lune ou des flammèches du soleil Leurs pennes colorées d ailleurs Gaston en est sûr sont les couleurs des tisons du soleil et les plumages noirs des merles et des corbeaux des coulages de lune Gaston Bricot prend sa plume il s assied devant la fenêtre il coupe le téléphone il regarde ciel et il écrit Dehors est un matin Il arrive d où viennent les matins le point noir et éblouissant derrière les horizons où naissent les orages les soleils et les pluies un tourbillon de passé dans les vagues et les nuages où chavirent les souvenirs un point qui gonfle de toutes les colères et les désespoirs bref la boule noire et dure qui explose quand elle le veut au visage du monde Gaston s éloigne il s envole et ça lui fait mal aux ailes il sent ses omoplates qui s agitent pour suivre la route des nuages Il reprend son stylo J ai ouvert la fenêtre le paysage est tendu presque a craquer entre les pointes des montagnes et les rochers de la mer des fils blancs et bleus parallèles traversent le ciel et les grands oiseaux évitent de toucher du bout de leurs ailes ces stries électriques du vent L espace exhale l odeur chaude et sucrée des galets du désert brûlés par le premier soleil Il est inhabituel de parler aux matins mais ce matin là me semble attendre quelque chose Et moi a qui puis je parler seul au fond de cette vallée enfermé dans cette Préfecture Le soir tombe Gaston regarde par la fenêtre l air absent Tu me croiras si tu le veux je me suis posé la question comment parler à un matin Devais je l interpeller le supplier d arrêter sa course Rien de tout cela ne me convenait j avais l impression que je n arrêterai pas le temps de cette façon pas même celui d un matin isolé Alors j ai décidé d écrire aux oies sauvages Elles volent dans les matins connaissent leurs habitudes leurs désirs leurs vices cachés Elles seules peuvent parler aux matins J ignore le langage des oiseaux ce qui est regrettable et je pense ne pas être le seul dans ce cas car ils brouillent sans cesse les pistes de la compréhension de leurs cris Certains coassent dans les ravines et l écho de leurs voix batraciennes revient de toutes parts d autres sifflent dans les futées en modulant à l infini dans le vent les mots simples pour que reste incomprise la fin de leurs messages d autres encore roucoulent des gloussements d amours a contre sens et en plein hiver alors que la saison des amours volatiles c est le début du printemps Gaston a perdu la raison Gaston est hors sujet marginal border line mais Gaston empêtré dans son vol a des élans de grand oiseau porté par les jets streams Inutile donc de leur parler je ne comprendrai pas leur réponse Toi qui regardes la vie et les gens avec un regard perçant tu

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  • Conférence sur la réalité du monde par le Professeur Antonio Suarez-Bastos le 30 décembre 2009 Pierre Lieutaud
    peuvent subsister et ils invoquent alors le hasard c est a dire dans ce cas la rencontre d une taille donnée avec un milieu donné qui permettrait que se duplique persiste et se développe l exemplaire de cette taille alors que les autres ne s accrochant a rien poursuivraient leur route à la recherche d un hasard que nous avons appelé fécond Le hasard fécond terme donc donné a cette rencontre est pour le moment imprévisible mais les recherches en cours avancent et on peut raisonnablement penser qu on trouvera à ce phénomène une cause logique et une explication véritable Quand je parle de vie je vous parle de la notre un rien du tout infinitésimal qui se déroule sur une échelle de temps imprécise le temps existe t il vraiment en même temps je devrais dire conjointement au même endroit mais y a t il un endroit que toutes les mêmes images de nous mêmes affrontées ailleurs à d autres choses Y a t il un original de l image Et qui est l image Qui est l original Ces images sont pourtant le support de l évolution de la vie qui va s organiser autour par des mécanismes de défense et des réactions chimiques d adaptation automatique Et on se demande alors comment dans ce hasard dépourvu de finalité et cette adaptation dépourvue de conscience on puisse en arriver a trouver Dieu Je vous parle de lui car il est parfois identifié comme le grand architecte de l univers Ne serait il que l idée que nous nous faisons de tous les hasards non féconds qui tournent autour de nous comme une menace l immanence de ce qui ne sera pas Occuperait il l univers en dehors de nous Et l univers entier si nous n existions pas Mais pourrait il exister sans nous Mais quittons ces rivages et revenons a l évolution Qu est ce qui fait évoluer par exemple ce gorille fruit du hasard d une taille adaptée à un milieu de passage et lui même échafaudage infini de réactions d adaptations à ce qui l entoure pour qu il devienne homme L intelligence En possède t il Quel est le hasard l échelle de sa taille où il rencontrera une image de lui qui lui fera appréhender le monde Y a t il une taille des gorilles dans l univers où ils auraient acquis une intelligence humaine L homme serait il ce gorille qui par des hasards féconds serait celui qui vous parle en ce moment L intelligence mesdames et messieurs est l idée que nous avons du monde et de son mouvement Et ce mouvement est probablement uniquement factice et virtuel L idée fait l homme et le fait avancer Il va ainsi vers où ses sens l orientent et puis de temps en temps se croisent l image et un hasard de passage qui se verrouillent ensemble pendant qu au dessus au dessous ailleurs avant après la même image de taille différente croise

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  • Le roseau penchant de Pierre Lieutaud
    mal digérés imposés utilisés politisés édictés par des penseurs européens en panne de sens balayant les idées pour trouver une post révolution compatible avec la révolution passée une continuité de tenants et d aboutissants de tenons et de mortaises un nouveau monde de l esprit qui pourrait remplacer enfin celui des rois et de Dieu celui des théories de papier qui ont fait naître des Janus sanguinaires rois et dieux a la fois pouvoir de vie et de mort sur les sociétés et les individus Europe décomposée hommes déboussolés un peu de Marx par çi un peu de Freud par là Europe d où tout est parti cerveau vibrionnant qui s éteint doucement monde fier qui se meurt melting pot Pol pot poule au pot ce qui a été essayé n est plus sus aux rois déchus mort a Dieu Lève toi Lazare revoilà l individu le repli de l homme sur l homme les petits mondes clos le non vouloir d un avenir la non réflexion sur demain Après moi le déluge Mais le déluge est là Au secours Il n y a pas de secours sur l humus des corps ensevelis des villes écrasées des fusillés des violés

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  • Bulletin d’information mondial du 5 février 2087
    grande Turquie demande une parité absolue entre le nombre d églises et de mosquées en Euramerique Lancement à Cap Canaveral de Anywhere 3 satellite de communication entre la terre et les colonies lunaires et martiennes Disparition du dernier tigre blanc encore vivant au zoo de Copenhague Irruption dans la galaxie d Andromède d un morceau de soleil ayant la forme d un croissant Un avis de recherche a été lancé dans tous les observatoires pour trouver l autre morceau Inauguration du tunnel sous marin de Gibraltar L utilisation à grande échelle depuis 30 ans de la chaleur de la terre comme principale source d énergie pour le chauffage et la production électrique a entraîné une rétraction de 5 km du noyau de plasma de notre planète Le refroidissement de la croûte terrestre qu il entraîne a permis de lutter efficacement contre le réchauffement climatique Les représentants des pays sub sahéliens indonésiens australiens et sud américains ont refusé a l unanimité les conséquences des modifications climatiques Il est totalement exclu que la toundra remonte jusqu à Buenos Aires a déclaré le président Jaime Mendoza nous n avons que faire de hêtres et de bouleaux au bord de l Oubangui Chari a déclaré le président M Bango Les représentants proposent une utilisation majorée du magma central pour conserver leur climat Tout est question d équilibre a déclaré le physicien Whan lu à la tribune du congrès altermondialiste d Oulan Bator Notre époque c est la nouvelle nouvelle frontière a déclaré le président d Euramerique plus rien ne sera comme avant et comme après a t il ajouté sans apporter plus de précisions Vingtième anniversaire de l arrivée des premiers hommes sur mars Quand la sonde habitée mars XXI s est posée sur la planète rouge a déclaré le colonel Humboldt j ai découvert en regardant à travers le hublot la cause de cette couleur mars était recouverte de coquelicots fossilisés mais intacts Début du percement du tunnel sous marin des Aléoutiennes qui reliera la Russie et le continent Nord américain La population de la terre va décroître Les prévisionnistes parlent de 35 milliards d habitants dans vingt ans au lieu de 50 actuellement Les études montrent que le poids total des êtres vivants influe sur la rotation terrestre En 20 ans l axe de la planète a basculé de 2 degrés en raison principalement de la répartition inégale des populations sur les continents L équateur ayant changé de place la cartographie de la terre est devenue obsolète Une commission de l ONU est chargée de l actualiser Début du percement des tunnels sous marins Ile d Elbe Corse et Corse Sardaigne Effondrement du Saint Gothard en raison du creusement au dessous de multiples tunnels 3850 morts Les autorités suisses craignent la fuite des capitaux Début des liaisons régulières avec la Lune par trains de navettes spatiales départ Baïkonour tous les matins a 8 h 30 sauf le dimanche arrivée cirque de la solitude le lendemain a 20 h 30 Tarifs de groupe

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  • Franz de Pierre Lieutaud
    sa flotte si secrète que même lui chargé de surveiller l océan n en savait rien Tout cela me dépasse pensa Franz je n ai que faire des stratégies militaires Qu on me laisse seul dans mon abri au creux du sable Depuis deux ans derrière les murs de béton de sa casemate il écoutait le bruit du vent sur les dunes le chant des oiseaux il regardait se lever le soleil sur la mer Le cuirassé semblait tout proche De petits drapeaux montaient et descendaient le long des mats Il lut son nom en l épelant a haute voix Mi chi gan Franz sourit a ce camouflage il crut voir courir des hommes sur les ponts Des bruits de chaînes venaient de la mer Ou des terres se dit il en cherchant du regard des machines agricoles des treuils qui parfois tiraient des madriers ou des dalles de béton La plaine dormait plate lisse infinie Il n était plus sûr de rien Les superstructures des navires se détachaient maintenant avec un relief surprenant Noires compliquées hérissées d antennes de fils de radars Il crut même entendre des cris apercevoir des formes humaines qui courraient sur les ponts Il l avait déjà remarqué la réflexion sur le miroir de l eau de ce qui se passait ailleurs sur d autres rivages faisait croire que tout cela était proche tout comme ces coups de sifflet impératifs venus d il ne savait où qui se propageaient au défi des lois de l acoustique Et puis Franz le savait bien les oiseaux de mer en particulier les mouettes avec leurs cris rauques imitaient les voix humaines L armada couvrait l horizon dessinant un éventail si parfait que Franz douta qu une esprit humain ait pu le concevoir Il chercha dans sa mémoire les schémas du déploiement des navires au cours des batailles navales du passé Rien ne ressemblait a ce qu il avait sous les yeux D ailleurs où était la bataille il n y avait qu une seule flotte Ou peut etre rien Il avala un autre café Des myriades de chaloupes semblaient sortir de l arrière des bâtiments Les crêtes des vagues au soleil le reflet des petits nuages sur l eau se dit Franz en se frottant les yeux Et puis il pensa a des pêcheurs qui profitaient des jours d accalmie du temps et de la guerre pour rejoindre les bancs poissonneux du large Quand il les vit s échouer un a un sur le rivage dans un bruit de pétarade il se dit qu une tempête était annoncée qu ils venaient se mettre à l abri Son baromètre indiquait beau temps Il maudit les fabricants d appareils de précision tapota sur la vitre L aiguille ne bougea pas Des hommes qui semblaient des soldats quittaient les embarcations pataugeaient dans le ressac et s approchaient de la plage Une simulacre de débarquement se dit Franz Des éclats d obus d exercice soulevaient des gerbes de sable la casemate tremblait

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  • le jeune homme et la mort de Pierre Lieutaud
    montagnes où il n y a pas de saison où tout est pareil à hier et à demain Il va bientôt mourir il le sent aux silences des matins aux chuchotements dans le long couloir aux sourires clairs aux phrases trop bien dites aux regards craintifs des visiteurs à l éclat blanc des murs au silence des ampoules électriques qui ne grésillent plus à des détails infimes qu il n a jamais vus la moindre fissure dans le bois des fenêtres les taches presque invisibles des rideaux les écailles de peinture des radiateurs les lattes disjointes du parquet les coudes compliqués des tuyaux de chauffage qu il regarde pendant des heures Son dernier paysage bourdonne dans l éclat des veilleuses pendant les nuits qui n en finissent pas Quand la mort entre dans sa chambre inconsciemment il se tasse se recroqueville Dans son lit qui sent la lavande il brille de milliers d antennes La mort s allonge à ses cotés Serait elle cette chaleur humaine qui s approche de lui tous les jours un peu plus qui l entoure dans une ronde silencieuse Serait elle cette vie qu il n a jamais eue Quelques matins encore il a regardé par la fenêtre les vols d oiseaux marins et puis il est mort de la mort injuste et digne des enfants sans faire de bruit sans crier sans implorer le monde regrettant les matins clairs où la terre entière lui appartenait le souffle du vent et les sourires tous les sourires du monde qui n avaient pu le guérir Un jeune homme est mort qui aurait dû vivre Les cloches des grelots de messe aux bourdons des clochers sonnent en même temps La ville vibre des caves de la vieille ville aux grands immeubles de la place Madame Marietti se

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  • Les marais de la Baltique de pierre Lieutaud
    Je la sentais fatiguée épuisée j entendais son souffle profond et régulier les gémissements qui montaient de sa gorge à chaque escalade et puis son souffle paraissait plus calme un bruit régulier souple et lent une heure deux heures trois peut être de cette marche et elle tomba dans un grand bruit de vagues sur un sol mou Nous étions arrivés sur le rivage où ma mère m a fait dans les buissons du bord de l eau Le soir les oiseaux revenaient en nuées légères se réfugiaient sur les branches et ma mère se nourrissait de leurs oeufs tièdes et sucrés Avec leurs plumes elle m avait fait une couche douce chaude et veloutée Elle péchait des poissons et allait chercher l eau des ruisseaux qui serpentaient sous les bosquets Avec maman nous étions en sécurité loin des routes de guerre Le temps passait lentement à la lumière des soleils des rougeurs de l automne et du bleu glacé des hivers Un jour les escadrilles en haut du ciel ont disparu La guerre est finie disait maman en me tenant la main Il faut en être sûr Attention disait maman Attention ce mot revenait sans cesse Quelqu un viendra nous le dire disait maman Mais qui Elle me parlait de garde champêtre d enfants en promenade avec leurs parents Elle souriait et moi aussi C est quoi un garde champêtre Elle m expliquait avec des petits mots ronds clairs scintillants comme les étoiles et nous rêvions Chaque craquement dans les buissons c était lui c étaient eux Ils étaient là ils arrivaient Je me levais d un bond maman me tirait par la main assieds toi tais toi Elle me parlait de soldats noirs avec des chiens en laisse ils peuvent encore venir attendons cachons nous Pourquoi as tu

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