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  • Le Cerf Volant, concours de nouvelles 2011, musanostra
    des vagues Pas elle Aujourd hui en Inde les enfants des classes aisées sont presque aussi turbulents que les nôtres Mais les petits pauvres eux savent encore se taire Et s asseoir pour regarder la mer Je l ai observée longtemps Si sérieuse si immobile Parfois seulement elle bougeait la tête juste assez pour suivre des yeux là haut le vol d un cerf volant dont le losange d or se déployait sur le ciel Le sud de l Inde n est pas le pays des cerfs volants Les plus beaux lancers c est plus tard que je les ai vus à Ahmedabad à Bombay ou à Calcutta pour les célébrations de l Uttarayan à la mi janvier quand le soleil passe dans l hémisphère nord A la tombée du soir j en ai même vu de lumineux qu on attachait ensemble et qui montaient en ribambelle vers le ciel Dans le Tamil Nadu ils ne suscitent pas le même engouement Mais avant d entrer dans l hôtel j avais tout de même croisé un marchand ambulant qui proposait un étalage de ces oiseaux de papier montés sur un cadre de bambou Pourquoi ai je eu envie d en offrir un à cette petite Je ne sais pas Peut être parce qu elle me semblait trop grave trop silencieuse Je me rappelais Manon au même âge sur les plages de Lacanau ou d Hossegor Ma petite inconnue de Rameshwaram j aurais voulu la voir courir comme elle Sous sa jupe de velours violet j aurais aimé que virevoltent ses petites jambes en allumettes Quelque chose un préjugé d Occidentale peut être me disait qu une enfant aussi tranquille ne pouvait pas être tout à fait heureuse Je suis retournée prendre mon porte monnaie à l hôtel Dans la rue j ai retrouvé le marchand et parmi les objets disparates entassés dans sa charrette à bras j ai choisi un cerf volant orange serti de minuscules morceaux de miroir Quand je suis revenue sur la plage les bouts de verre ont projeté leurs reflets sur le sable La petite fille était toujours là tournée vers l océan Je me suis approchée d elle mais quelqu un m avait devancée Un homme en longui était accroupi à son côté Ils ont échangé quelques mots en tamoul Un instant j ai vu leurs profils se détacher sur le fond à pleine plissé de la mer Puis il s est relevé pour se pencher vers elle et l a soulevée dans ses bras Dans ce geste la jupe violette s est retroussée Le dernier volant ne recouvrait rien du tout Là où auraient dû être les pieds il n y avait qu un vide Je suis restée figée mon cadeau inutile entre les mains La fillette avait noué les bras autour du cou de son compagnon Il s est tourné vers moi interrogateur Puis il a baissé les yeux vers le cerf volant J ai dégluti la gorge nouée C était pour elle Je

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  • LE VIEIL HOMME A LA MER d Alain Mei, concours de nouvelles 2011, musanostra
    sa tête la chambre derrière la fenêtre était dans l obscurité En ce jour de semaine à cette heure tardive il était logique que le petit dormît Le savoir là juste à quelques mètres même endormi suffisait tout à la fois à le réchauffer et à le tuer Malgré la fatigue le froid il n avait pu se retenir de passer devant la fenêtre de cette chambre comme à son habitude Il descendit la rue des Terrasses et longea l église Saint Jean Baptiste Il ne prit pas la peine d observer les deux clochers il ne les connaissait que trop bien Quelques mètres plus loin il stationna quelques secondes devant la petite vitrine de chez Gino puis rejoignit finalement sa Supercinq fatiguée elle aussi par l attente et le froid Lorsque sous le tunnel à l aplomb de la citadelle le grésillement remplaça les voix distillées par Radio Corsica Frequenza Mora il réalisa que le poste était allumé et l éteignit aussitôt La Renault était vieille mais elle le ramènerait sans doute encore de nombreuses fois chez lui à Montesoro Il avait vu juste Maria Antonia son épouse sa tendre épouse lisait à moitié endormie sur son fauteuil au dessous de l abat jour lorsqu il pénétra à l intérieur de chez lui et il choisit après avoir effleuré son front du bout des lèvres comme à l accoutumée de taire sa mésaventure de la soirée écoulée Demain il ferait bien assez jour Les étoiles de béton lui parurent encore plus pénibles à parcourir pour rejoindre son coin de prédilection Il peinait à franchir les obstacles sans doute à cause de son nouveau matériel auquel il vouait une admiration à peine dissimulée Il arriva enfin au centre de la plate forme dont les traces de ses venues se distinguaient facilement Morceaux de fils pâte séchée un vieux chiffon même sans doute oublié la veille parsemaient ce lopin de vie à la fois rebutant et familier La noirceur inquiétante des lieux au départ se transformait toujours en quelques minutes à peine en une douce musique teintée de houle et parfumée d embruns Même les vapeurs de mazout disparaissaient rapidement au profit de cette bouffée iodée d air marin et vivante à souhait Si seulement il pouvait l emmener encore ici Une seule fois Joseph prit position avec un sentiment mêlé de fierté d excitation et d inquiétude Le matériel qu il tenait à pleines mains était nouveau pour lui la proie bien trop belle pour la laisser filer Gino avait insisté pour qu il réglât son dû en plusieurs fois Joseph un peu gêné un peu arrangé avait accepté Joseph avait admiré la canne l enrouleur fixé sur la canne les anneaux brillants comme si on les avait astiqués pendant des jours et il avait pesé puis soupesé et encore pesé pour soupeser encore l objet tout en mimant les gestes qu il faut pour s en approprier Quelle idée présomptueuse que de vouloir connaître son maniement à la perfection

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  • L un et l autre de Gerard Lambert, concours de nouvelles 2011, musanostra
    indispensable curiosité d une société livrée à l ennui Flatté à l excès il n était cependant pas dupe et apprenait vite Il adopta dès lors une belle attitude de courtoisie et d admiration feinte propre à lui assurer une intégration aussi confortable que pérenne Ses dispositions naturelles n ayant rien qui puissent évoquer la moindre promesse de distraction ni provoquer la réticence il devint en quelque sorte un titulaire à son poste ce qui somme toute était sa seule véritable vocation et prit un ascendant définitif sur ses semblables Dans le même temps et non loin de là l autre fils de frais émoulu des plus grandes écoles et rompu aux us des hautes sphères de la société entreprenait une carrière promise à une destinée fatalement élevée dans la certitude bienveillante de son milieu Il n était évidemment pas question d échec Débutée par le haut son ascension le conduisit sans délai au plus près du pouvoir Dans la banque précisément et à proximité du coffre par goût autant que par atavisme Sa famille n était elle pas l héritière d une longue tradition associant finance et hautes responsabilités et lui n avait il pas été mêlé très tôt à la fréquentation des lingots Entré au Conseil d administration sur recommandation il en devint très vite le membre le plus assidu et le plus actif au point d inquiéter le président pourtant habitué à déjouer les manoeuvres des arrivistes les mieux disposés depuis des décennies Celui ci s employa donc à tenter de circonvenir le danger mais en pure perte Il fut bientôt contraint de faire valoir ses droits à la retraite par le nouvel arrivant Impatient d exercer son autorité cet impétueux fils de famille prit toutes les mesures visant à lui assurer la totalité des pouvoirs Les résultats ne se firent pas attendre tous les membres du Conseil démissionnèrent et l ensemble du personnel lui adressa un avis d arrêt de travail reconductible à l infini L affaire était à la fois entendue et close la banqueroute actéeet le jeune président prit la fuite avec le coffre Il posa ses lourds bagages là où échouent en bout de course les indélicats contrariés et occupa tout naturellement la place qui lui revenait la première La rencontre eut lieu lors d une causerie organisée par l Établissement L un y exposait doctement sa vision du monde originale mais dont tout le monde se foutait avec distinction On baillait aux corneilles on lisait la presse du jour on échangeait des tuyaux tout en acquiesçant on ne sait jamais tandis que l autre psalmodiait des additions provoquant une sorte de brouillage sonore Excédé l orateur l interrompit par une cinglante apostrophe qui eut l heureux effet d apporter un peu d entrain à une assemblée au bord de l assoupissement Des commentaires s échangèrent alors des protestations et des encouragements fusèrent l assemblée se partageant spontanément en deux camps disposition coutumière chez nos sociétés humaines Le gotha sûr de sa légitimité

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  • Ribella de Marie Paule Simonetti Dolovici, concours de nouvelles 2011, musanostra
    autre chose que leur bouche C était le jour de Carnaval quand tout était permis La folie régnait dans le village Les jeunes gens ne cessaient de faire des farces et d embêter tout un chacun obéissant aux ordres de leur roi éphémère Devenu chef de la nation il était pourtant là assistant avec joie aux festivités se mêlant aux villageois et à ses amis d enfance Sa famille l entourait ainsi que ses gardes qui ne le quittaient plus Chant et danse ne cessaient et elle était là elle aussi son rire clair sonnait tout à sa joie de l entrapercevoir encore une fois Elle s était mariée elle avait cédé Mais ce n était pas un mariage heureux Elle vivait comme une étrangère avec cet homme qui l importait peu et qui par paresse ou par indifférence ne s occupait guère d elle Ce soir là elle dansa enfin avec son amant sous le regard surpris de la population Elle se sentit reine Alors qu il la tenait par la main il lui chuchota de se rendre dans leur grotte pour le lendemain Elle s y rendit Il vint seul Ce qui était compte tenu des circonstances non seulement exceptionnel mais aussi parfaitement insensé Elle le lui fit remarquer Il ne put se retenir de lui répondre que leur amour était insensé qu il ne l avait jamais oubliée qu elle hantait ses rêves et ses nuits et que malgré le fait qu il la connaissait à peine qu il l aimait et lui était fidèle Elle reçut ce serment avec une profonde émotion Leur corps se rejoignirent leurs mains caressèrent leur peau ils s enivrèrent d odeurs de gémissements de frissons de saveurs Leur bouche ne cessait de goûter l autre et il était en elle cherchant à l avaler ou être avalé Cela leur sembla une éternité cela leur sembla une seconde Alors qu elle posait la tête sur son épaule il lui chuchota qu ils ne s aimeraient ainsi plus qu une seule et unique fois et qu il ne savait quand Il partit la laissant seule avec son ennui et dans l attente d une autre rencontre Mais il devait faire face à ses obligations La nation était en guerre Elle l avait toujours connue ainsi Mais jamais ils n avaient vu un tel déferlement de feu et de mitrailles jamais ils n avaient vu autant de plomb d hommes et de sang Mais ils faisaient face avec un courage et une obstination digne des antiques On lui avait raconté la bataille qui avait eu lieu dans un autre bourg où ils avaient résisté et gagné avec honneur mais elle savait que c était peine perdue Son mari y était mort engagé dans la milice il avait donné sa vie Elle le respectait profondément pour cela Mais elle vivait son veuvage comme elle vivait sa vie de femme mariée dans l attente d autre chose Elle ne se sentait pas plus libre pour autant

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  • musanostra, concours du texte court, Marie Forge avec Ainsi soit il, musanostra 2009
    avait été enfantin de surenchérir L autre ne s était douté de rien Il était tombé dans le piège Ensuite Marcus n avait pas eu à faire grand chose pour enferrer son malheureux adversaire C était cet entre deux cet instant où la partie peut basculer qui provoquait une montée d adrénaline chez Marcus Plus tard lorsque la partie est gagnée tout perd de sa saveur Tout est à recommencer C est ainsi que Marcus cherchait pour la nuit suivante la partie qui lui redonnerait cette jouissance de la conquête A cette heure ci les rues New yorkaises plaisaient à Marcus Un gouffre de ténèbres les envahissait Les murs couturés de tags semblaient s animer sous l effet des lumières des lampadaires On sentait l odeur du goudron et du bitume Des masses informes et sombres se déplaçaient sans bruit Quelques fêtards finissaient leur nuit de folie dans une démarche chaloupée dernier vestige de leur ivresse Au loin on percevait le bruit des sirènes de police qui venaient troubler cet étrange silence nocturne Les pas résonnaient sur la chaussée mouillée par l air humide Le temps paraissait suspendu Des volutes de brouillard s échappaient ça et là des rues perpendiculaires On n apercevait pas âme qui vive Marcus Maxwell avançait Déjà une sorte de désespoir s emparait de lui L ennui Le terrible ennui le saisissait L excitation ressentie auparavant laissait maintenant la place à un grand vide Que faire à présent Où aller A cette heure ci il y avait peu de chance de trouver une partie Perdu dans ses pensées le pianiste n avait pas vu la jeune femme qui se dirigeait vers lui Alors bel ange on s est perdu L homme la regarda Sans doute était elle belle sous l épaisse couche de fond de teint Les yeux étaient entourés d interminables cils recouverts d un épais mascara noir La bouche pulpeuse vulgairement peinte en rouge se voulait désirable Le cheveu teint et apprêté lui donnait une allure presque ridicule Elle sentait le parfum bon marché Une poupée Barbie pensa t il Perchée sur d improbables talons aiguilles elle le regardait d un air goguenard Alors mon chou la solitude te pèse J pourrais te faire passer du bon temps Y a qu à me demander et t auras tout ce que tu veux chéri Marcus la considéra silencieusement Elle se balançait devant lui provocante et pleine de certitudes Pourquoi pas Après tout il s ennuyait et il savait pertinemment qu il ne trouverait pas d autres parties pour cette nuit Alors autant s occuper On va où Dis donc mais c est qu on est rapide On va où tu voudras mon chou L important c est le pognon C est 50 de l heure et 200 la nuit Payable avant la livraison Ses paroles furent ponctuées d un éclat de rire cristallin qui brisa le silence de la ruelle Elle rejeta la tête en arrière découvrant un cou d une extrême délicatesse qui tranchait

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  • s ils nous pardonnent ,sylvie dubin, musanostra,
    cinq passes de cape de réglage ou de châtiment la rendant apte alors au combat exact que tu attendais l amenant où tu voulais l entraînant dans une ronde mortelle qui se rétrécissait autour de toi impavide Ce qui t intéressait c était l estocade et seul le coup d épée entier la lame pénétrant jusqu à la garde te tirait un frisson On disait que tu notais tout dans tes cahiers et que tu préparais tes faenas comme un stratège une guerre Le toro était plus qu un adversaire un ennemi Certains parmi les aficionados te le reprochaient violemment mais continuaient à venir saluer tes corridas idéales Mais Félix Felice Brujo Félix l ange blond était tout entier du côté des toros Certains soutenaient sans rire qu il pouvait leur parler qu il les sentait sans avoir aucunement besoin de les étudier Ce qu aimait Félix dans la corrida c était bien le toro le corps à corps avec l animal buvant le leurre se livrant Il se mettait en travers de la charge et pétrissait contre son ventre le ventre chaud de son partenaire Il l amenait suavement à lutter avec une honnêteté absolue une confiance absolue dans un temple voluptueux L honorer était son unique objectif Lui aussi voyait au fond de la bête au delà de ses défauts apparents une noblesse cachée qu il révélait et sur laquelle il édifiait une suite aérienne de passes qui défiait l entendement Chez lui rien de calculé mais un amour inconditionnel qui lui faisait dire qu un mauvais toro était seulement un toro malheureux Cet amour l amenait parfois à des estocades stupéfiantes où l homme et l animal finissaient ensemble tête contre tête de sorte que le dernier souffle de l un était comme recueilli sur les lèvres de l autre Il pleurait à chaque suerte suprême Son plus grand bonheur était l indulto accordé au fauve preuve que tous deux avaient excellé ensemble Oui Felice Brujo enchanteur et heureux Enchanteur imprévisible capable de gestes extravagants d improvisations flamboyantes et indéchiffrables On eût dit parfois qu il sculptait de la cape des palais arabes aux architectures scintillantes les volutes faisaient naître des patios odorants et des bassins frais comme des rires d enfants Tu avais parfois du mal à comprendre ton frère Ses intuitions te déroutaient Sa mystique t agaçait Le pittoresque baroque de ses passes serpentines heurtait ton goût Certains de ses gestes te paraissaient pures bravades Il était capable de citer le fauve à genoux l appelant d un bout à l autre de l arène la muleta posée à terre et de se redresser au tout dernier moment en déployant l étoffe à l ultime instant pour écarter Félix toréait pour les bêtes et son public Il n aimait rien tant que le moment où les chapeaux des hommes les châles les fleurs et les cœurs des femmes tombent sur le sable avec la nuit au moment où s éteint le soleil quand un dieu se lève et qu un autre à ses pieds gît Toi tu saluais la foule subjuguée et tu quittais lentement le rond toujours sombre toujours lointain Quand as tu deviné que le Brujo t éclipserait un jour Tu avais tant de joie à le voir briller tant de fierté en pensant c est mon frère Mais à quel moment à quelle heure de quel après midi ruisselant de lumière as tu admis qu il te passait Non parce qu il t était supérieur en insolence mais parce que le public ne goûterait pas toujours ton génie trop peu visible trop peu spectaculaire que tu domptais trop systématiquement toutes les bêtes qu il y avait trop d exactitude trop peu de mise en danger apparente et qu on veut la mort du torero toujours sans le dire ni même peut être le savoir Félix donnait à la foule le sentiment de vivre une tragédie imminente car même lorsqu il faisait le pitre insensible au bronca pourvu qu il s amusât c était la mort qu il taquinait en permanence Puis ce fut le mano a mano à Nîmes Hélas pourquoi avoir accepté cette corrida toi qui n avais jamais revu ces marches romaines que le jeune frère dévalait pour sauter dans tes bras Les arènes étaient combles Vous alliez combattre six toros espagnols de Veragua A cinq heures les clarines éclatèrent sous un fort soleil Les trois premiers toros furent particulièrement braves superbes et allègres et ce fut merveille de vous voir réunis sur la piste de votre enfance Un bonheur doré recouvrait les gradins L agressivité du quatrième te piqua et tu fis des prodiges pour le ramener là où tu voulais qu il fût humilié et prêt pour l estocade En fin d après midi le cinquième toro bondit dans le rond au sortir du couloir noir et il se tint immobile aveuglé sur le bord avant de charger avec hargne sur un cheval qu il éventra C était l heure où la chaleur tombe où l ombre envahit presque entièrement l espace comme les pressentiments le cœur des hommes lucides Ce toro fut d emblée incroyablement difficile une masse de colère brute un toro de sentido qui sait ce qu il n aurait jamais dû savoir qu il y a un homme à tuer derrière le leurre C était à toi de toréer Je n ai pas encore dit que la mère était là Après le drame rien n aurait pu la faire entrer dans une arène Mais les fils étaient venus qu elle aimait si fort Oh torero au moins le sais tu maintenant Elle n avait pas bronché jusque là et son profil fragile se découpait comme un camée en ivoire sur la masse des visages anonymes Au quatrième toro elle avait frémi levé une main en un signal énigmatique S était elle émue pour toi l aîné Alors tu te mis à toréer comme jamais tu n avais toréé prenant des risques inouïs pour amener

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  • s ils nous pardonnent ,sylvie dubin, musanostra,
    Humaines en école d ingénieurs Rien ne serait ainsi à raconter des choses intimes que l on présente avec complaisance ou avec une pudeur maladroite la passion pour l écriture et les lauriers recueillis merci à Musanostra d enrichir la couronne alliée à une curiosité immodérée pour la vie des autres et puis encore l amour du théâtre un goût pour les voyages lointains la fréquentation régulière des musées et

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  • la bete ,nathalie forge, musanostra,
    amener sur ce terrain glissant Rien n est plus périlleux Elle commence à évoquer sa propre jeunesse avec lui puis ils parlent de la vie en générale et voilà qu elle lui pose des questions sur ses vieux souvenirs les anciens amis les musiques les sorties les premières amours Son interlocuteur évoque volontiers ces années là Antoine s épanche ses amours ses erreurs ses doutes L alcool aidant il devient de plus en plus loquace Il lui donne involontairement tous les renseignements voulus attendus espérés La bête s est installée à M dans un secteur où manifestement elle excelle la vente immobilière M est une adorable petite ville où les étrangers aiment à se retrouver farniente soleil plage Elle a ouvert une agence dans le centre ville Elle a décidé de revenir sur les lieux de son enfance trop fatiguée dit elle par la vie trépidante des grandes cités européennes Ça y est la bête est là A présent il faudra compter avec elle Sans doute la verra t elle D ailleurs il faut qu elle la voie Progressivement elle réussit à glaner les informations qui lui permettront de voir sa rivale Elle se prépare à l affronter Le printemps cette saison qu elle aimait tant a changé Le ciel s est délavé les fleurs se sont fanées La vie s est légèrement modifiée Pourtant de l extérieur elle ne laisse rien paraître Elle se lève tous les matins pour aller travailler elle se colle un sourire de circonstance elle arrive même à discuter sur un ton badin elle peut même jouer à la comédie du bonheur Evidemment sa silhouette s est affinée les traits se sont émaciés elle a beaucoup moins de patience avec sa fille et lorsqu elle voit ou entrevoit l harmonie d un couple elle a si mal que cela en devient intolérable Déterminée au face à face elle cherche par tous les moyens à être confrontée à sa rivale Mais elle a peu d opportunités Aussi décide t elle d aller à sa rencontre Elle se rendra donc dans son agence immobilière Après tout elle pourrait facilement jouer la comédie Depuis quelques temps elle s est rendue compte qu elle excellait à cet exercice Ce matin de mai elle se prépare avec une attention particulière Elle se maquille les yeux se peint les lèvres enfile un pantalon qui l avantage et un petit corsage qui met en valeur sa poitrine Elle se résout même à se percher sur des talons aiguilles elle qui déteste cela Elle passe nerveusement la brosse dans ses cheveux bruns En levant le visage dans le miroir elle est stupéfaite de se voir Voilà longtemps qu elle n avait plus fait d excès de coquetterie Pas si mal mais peut mieux faire se dit elle avec aigreur Attrapant son sac au passage elle quitte précipitamment la maison En se rendant à l agence elle a le temps de réfléchir à ce qu elle dira ou fera mais c est surtout la perspective de découvrir l autre qui la remplit d effroi A quoi ressemblait elle Etait elle aussi jolie qu elle l imaginait Qu allait elle faire ensuite de cette rencontre Arrivée à l endroit voulu elle s aperçoit que ses mains tremblent Elle ne doit pourtant laisser rien paraître il faudra faire face Lorsqu elle pousse la porte de l agence elle éprouve une sensation vertigineuse Rapidement elle se ressaisit Bonjour lance t elle à la cantonade sans vraiment voir à qui elle s adresse Une voix douce et juvénile lui répond Une impression de déchirement intérieure s empare d elle Quand enfin elle a le courage de regarder son interlocutrice elle est stupéfaite de découvrir une toute jeune fille qui doit être à peine âgée de 25 ans Ce n est pas la bête pensa t elle Immédiatement son sens de l à propos ressurgit Melle T n est pas là Non elle a pris sa journée Oh comme c est dommage je suis son amie d enfance j aurais tellement aimé lui faire la surprise comprenez moi nous avons grandi ensemble où pourrais je la trouver Rien de plus simple elle a décidé de prendre soin d elle aujourd hui elle est au centre de beauté qui se trouve dans les vieux quartiers de M vous savez cet institut magnifique Cela avait été tellement facile Prise d une excitation incontrôlable elle était repartie directement vers l endroit indiqué par la jeune fille C était le lieu huppé de M les femmes de notables s y retrouvaient et accessoirement la bête y était Cet endroit elle l adorait mais le fréquentait peu Cela dit c est avec une certaine assurance qu elle pénétra dans le centre Les lieux étaient feutrés élégants les effluves d un parfum entêtant flottaient dans l atmosphère Une femme à la beauté figée l accueillit avec un sourire de circonstance Elle n avait pas rendez vous mais enfin elle s arrangea pour qu on l acceptât C était tellement facile Lorsqu on la fit entrer dans la salle de soin son regard balaya la pièce C était bondé La plupart des visages ne lui étaient pas inconnu forcément M était une si petite ville Soudain elle aperçut une femme qui avait à peu près son âge Belle très belle Elle ne la connaissait pas Elle sut que c était elle Elle vacilla un bref instant mais très vite elle se ressaisit Cependant elle ne pouvait la quitter des yeux elle la fascinait Elle croisa ses yeux verts La bête était belle L une des responsables du centre se dirige vers elle elles se connaissent bien elles se voient devant l école des enfants Madame P comment allez vous Bien sûr la bête réagit Elle aussi a compris Elle aussi semble ne pas pouvoir détacher son regard d elle Voilà à présent elles savent elles se connaissent La bête affiche un sourire plein de certitude elle ne semble douter de rien L employée du centre ne cesse de babiller les enfants leur suivi scolaire le travail Le flot de paroles se mélangeait aux bruits de séchoirs à cheveux aux bavardages intarissables des femmes qui occupaient les lieux mais elle avait du mal à les entendre Tout paraissait tellement irréel Elle refaisait dans sa tête le film de la rencontre entre la bête et son époux il l avait touchée sans doute embrassée il avait partagé avec elle des moments auxquels elle n assisterait jamais Elle se sentait si impuissante On lui avait volé quelque chose Elle se laissa coiffer elle se laissa manucurer Elle répondait mécaniquement à son interlocutrice qui saisissait énergiquement les mèches brunes de ses cheveux Le temps avait été si long Elle se fit raccompagner à la sortie en promettant évidemment de revenir le plus vite possible Le pas nerveux elle traversa l artère du boulevard en se retournant de temps à autre L employée était toujours sur le seuil et lui faisait signe ostensiblement Il fallut ensuite rentrer à la maison C était si difficile Elle aurait voulu partir Tout quitter Pour aller où Abandonner cet appartement qu elle aimait tant Démissionner d un travail qui l avait toujours passionnée Dire à sa fille qu elles déménageaient mais sans papa Le quitter Lui Cet homme qu elle connaissait par cœur Cet homme qu elle aimait au delà de toute expression Mon Dieu Tout était si difficile Sa fille l accueillit avec effusion La petite fille enfouit sa tête dans ses cheveux Un sourire flotta sur ses lèvres Lorsqu elle était enfant elle avait toujours rêvé d un foyer chaleureux et serein Sans doute parce celui de ses parents ne l était pas Elle avait rencontré son époux alors qu elle avait terminé ses études et qu elle s était lancée avec passion dans le métier d infirmière Elle aimait les gens Elle avait toujours eu la sensation qu elle était née pour donner aux autres Travailler dans un univers où la souffrance est monnaie courante ne l avait pas effrayée Avec son époux l attirance avait été immédiate C était un homme qui s était imposé à elle comme il s imposait aux autres Rien ne lui résistait longtemps On l adorait ou le détestait Amoureuse elle l avait été instamment même si elle n avait pas osé le lui avouer Trop fleur bleue trop romantique A vingt huit ans elle avait trouvé cela un peu déplacé Elle l avait voulu à tout prix même si elle avait réalisé qu il aimait les femmes et qu il ne les laissait pas indifférentes Intuitivement elle avait compris qu elle était la compagne idéale pour ce genre d homme De toute façon elle le voulait et d une manière presque animale Le jeu de séduction avait été long et c était elle qui l avait mis en place En fait lui avait attendu patiemment Les rôles avaient été inversés Elle lui avait fait la cour A partir du moment où ils étaient devenus un couple une folle passion s était emparée d elle Rien n était assez fou pour lui Les dîners en tête en tête prenaient des allures de rendez vous clandestins où il faut en dire le plus car il reste peu de temps Deux amants voilà ce qu ils avaient été pendant les deux premières années de leur relation Ils faisaient l amour partout Ils riaient comme deux adolescents Ils pouvaient partir sur un coup de tête vers une destination qui les faisait rêver Tout allait très vite avec lui D ailleurs au bout de deux ans elle était enceinte Le rêve continuait Leur vie devint plus calme mais toujours atypique Ils formaient un beau couple lui hâbleur loquace et fantaisiste elle spirituelle douce et attentive On les enviait on ne donnait pas cher de leur union Mais elle durait cette union et dans une harmonie à peine dicible Leur fille avait parachevé le tableau idyllique C était presque une image d Épinal Bien sûr il lui avait parlé de ses amours anciennes Il ne lui avait pas caché l existence de deux femmes qui avaient beaucoup compté pour lui Deux femmes qui avaient été rivales Il avait perdu la première à cause de la seconde La douleur trop immense de l avoir perdue à jamais avait annihilé toute espoir chez lui de recommencer une autre vie avec la seconde La seconde c était la bête Elle était la femme de l ombre l éternelle maîtresse celle qui par qui le scandale arrive Une personnalité brillante un physique irréprochable Une rivale de taille Tout cela elle ne l ignorait pas Elle était consciente de l importance de cette fille Etrange qu elle soit revenue pourtant là où elle vivait auparavant tout lui avait réussi Plongée dans ses pensées elle n avait pas entendu son époux rentrer Elle sursauta lorsqu il lui toucha son épaule bonsoir dit il d une voix morne Son cœur se serra Il avait l air préoccupé il semblait ailleurs Elle était convaincue qu il pensait à la bête Depuis plusieurs jours il paraissait tendu nerveux il répondait avec agacement à ses questions Ils se disputaient souvent à cause de la bête car bien sûr elle ne pouvait s empêcher de lui en reparler Incapable de se murer dans un silence qui l aurait sans doute protégé elle entretenait la discussion autour de cette femme Il ne cessait de lui répéter qu il ne la voyait plus Mais il lui laissait entendre qu il ne l avait pas oublié Cela lui procurait une douleur incommensurable Elle avait la respiration coupée tant il lui était insupportable de penser que son époux appartenait un peu à une autre Mais ce soir là elle considérait que la situation était différente Elle avait vu la bête Elle avait bien senti que la bête n avait pas fait le deuil de son amour de jeunesse Elle avait pressenti qu ils se voyaient encore Pars lâcha t elle brutalement Il leva vers elle des yeux interrogateurs et poussa un long soupir Non il ne voulait pas partir Il avait pris sa décision Il avait fait un choix celui de rester dans une famille qu il aimait Non elle ne voulait pas qu il reste il était nécessaire qu il s en aille il lui mentait la vie devenait insupportable avec lui La trahison ne pouvait plus nourrir leur couple Tant pis pour l amour tant pis pour leur famille tant pis pour leur fille et surtout tant pis pour elle Il s approcha d elle Elle le repoussa violemment elle aurait aimé le tuer L impuissance la rendait agressive et parfois même vindicative Fous le camps hurla t elle Je ne peux plus Dégage bon sang Leur fille commença à pleurer Ses sanglots redoublèrent à la vue des larmes de sa mère et du visage décomposé de son père Jamais telle scène ne s était déroulée sous ses yeux Vois ce que tu fais de moi vois ce que tu fais à notre enfant cracha t elle folle de rage La tension était à son comble Il jurait tous les grands dieux qu elle était la femme de sa vie il l implorait de la croire Oui c était vrai qu il avait une attirance pour cette fille c était vrai aussi qu ils étaient allés trop loin mais tout cela était bien fini Il ne pouvait envisager la vie sans elle Il l aimait Il la respectait Il éprouvait pour elle une reconnaissance infinie Tu me dégoûtes finit elle par dire que veux tu que je fasse de ta reconnaissance Tu veux rester et bien soit reste nous verrons bien où tout cela nous mènera La discussion s était arrêtée là Un grand froid s était emparé d elle Elle vaqua à ses occupations Elle fit semblant à être gaie avec sa fille Cette dernière loin d être dupe la scrutait avec attention cherchant le moindre signe de fléchissement Mais rien n arrivait Maman continuait de jouer avec elle lui racontait des histoires avec de s endormir en lui promettant pour le lendemain monts et merveilles La petite fille s endormit Elle ferma doucement la porte Elle se dirigea dans la salle de bain Elle avait besoin de se rafraîchir de se purifier elle se sentait souillée Cette journée l avait harassée Oublier c était tout ce qu elle demandait L eau tiède la rasséréna Elle appuya la tête contre le mur et sanglota sans bruit un long moment Combien de temps resta t elle ainsi Elle ne le sut vraiment C est son époux qui vint la chercher et qui tendrement la fit sortir de la douche l enveloppa dans une éponge et la frictionna avec douceur Ils se couchèrent ensemble Il lui fit l amour avec ardeur Elle ferma les yeux et se plut à oublier tout le reste Une pause A l aube le soleil printanier pénétra à travers les jalousies des persiennes et la réveilla Paradoxalement elle se sentait heureuse Elle avait l impression de vivre chaque moment de sa vie Elle s étira et le regarda dormir Sa tête était enfouie dans l oreiller son visage était détendu si différent de ce qu il était dans la journée à présent Il ne l avait pas habitué à cela Lui si plein d assurance si convaincu de son bonheur et de sa capacité à l être Voilà qu il ne l était plus voilà qu il connaissait les affres de l incertitude amoureuse Son monde avait bougé Son équilibre était ébranlé De maître de la situation il était passé au rang de pantin du destin Il ne savait pas faire avec ça C était inconcevable Il était fait pour maîtriser et au lieu de cela il se débattait dans les méandres de son cœur déchiré entre deux femmes Sois sage ô ma douleur et tiens toi tranquille à nouveau ses vers lui revenaient à l esprit Elle ne devait pas se laisser emporter par la tristesse Elle glisserait alors inexorablement sur une pente dangereuse Autant se lever et ne pas ruminer La bête était toujours là présente à ses côtés fidèle et obsessionnelle Que n aurait elle donné pour ne plus y penser Assise devant son café elle réfléchissait à ce qu elle devait faire Faire le mort et attendre que l orage passe Ce serait immanquablement la solution idéale Une personne rationnelle le ferait Etait elle rationnelle Elle sourit et secoua la tête Ridicule elle en était incapable Une discussion s imposait avec la bête Elle devait la voir absolument C était décidé elle la verrait Après l hôpital elle trouverait le moyen de provoquer une rencontre Rapidement elle se prépara réveilla sa fille afin de la déposer à l école embrassa son époux encore endormi et quitta la maison La petite fille déposée à l école elle fila vers l hôpital car elle était en retard Aux vestiaires elle enfila sa blouse blanche et appliqua son badge sur celle ci Elle travaillait dans un service pointu celui des soins intensifs Elle prit le relais avec sa collègue qui la renseigna sur les nouveaux entrants Il y avait depuis la nuit dernière un jeune homme âgé d à peine 19 ans qui avait tenté de mettre fin à ses jours Son état était extrêmement préoccupant il était sous haute surveillance Elle se rendit directement à son chevet afin de vérifier ses constantes Le bruit des machines qui le maintenait en vie rappelait avec insistance la fragilité de son état Le respirateur artificiel était oppressant Le visage du jeune homme était blafard Tout le haut du crâne était bandé car il s était tiré un coup de révolver Elle lui caressa la joue C était encore un enfant Combien avait il du souffrir pour en arriver à commettre l irréparable La souffrance chez l humain peut parfois devenir intolérable invivable elle n en doutait pas un seul instant Son expérience en tant que soignante l avait confortée dans cette

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